العودة إلى المنشورات
منشورات مقالات

الحروب اللبنانية: في وجوب التذكّر وضرورة النسيان

النسيان «قوة الذاكرة الحيّة» — لكن ما مورس في لبنان فقدان ذاكرة مبرمج يمحو المسؤوليات ويُحمّل الفلسطينيين الحرب. المطلوب تذكّر الأسباب لا الفظائع.

Les guerres libanaises : sur la nécessité de se souvenir et le besoin d’oubli

حجم النص



مشاركة

المزيد
TelegramThreadsBlueskyMastodonReddit

مشاركة كصورة

نزّل الصورة أو شاركها، ثم أضف رابط المقال في التطبيق. في قصص إنستغرام، أضف ملصق الرابط بنفسك.

Les guerres libanaises : sur la nécessité de se souvenir et le besoin d’oubli

Fawwaz Traboulsi

La mémoire est un sujet délicat aux nombreuses ramifications. En cette époque post-moderne, c’est un sujet à la mode. Que les motifs en soient valables ou non, il fait partie de l’ordre du jour des peuples des périphéries en même temps que la lutte pour les droits de l’homme, pour l’égalité des sexes, pour les droits des minorités, l’environnement etc.

1) Mémoire, oubli, amnésie

Plutôt que de parler de la mémoire et de l’oubli, je voudrais mettre en relief trois processus mentaux liés au passé (dans la mesure où toute mémoire est liée au passé) :

– L’amnésie, que je voudrais définir comme une défaillance de la mémoire et/ou une forme de répression de la mémoire, qui suit la même logique que la substitution ou le transfert dans la psyché individuelle, à savoir que les événements et les faits les moins importants prennent la place des plus importants.

– La mémoire et l’oubli. Une juxtaposition naïve oppose la mémoire à l’oubli. Dans un petit essai substantiel, Marc Augé fait valoir le fait que les deux processus ont entre eux la même relation que la vie et la mort. Il souligne les points suivants : l’oubli est « une composante de la mémoire », « Les souvenirs sont façonnés par l’oubli comme les contours du rivage sur la mer » et résume : « L’oubli est la force vive de la mémoire et le souvenir en est le produit ». On ne peut pas se souvenir de tout ni tout oublier. Nos souvenirs sont des écrans sur lesquels se reflète ce que la mémoire et l’oubli contiennent et ce qu’ils dissimulent. La répression de la mémoire ne s’applique pas à un fait, à un souvenir ou à une quelconque trace du passé en tant que telle, elle intervient dans la connexion entre les souvenirs eux-mêmes ou entre les traces elles-mêmes. Notre rapport au présent passe nécessairement par l’oubli.

2) Pourquoi se souvenir d’une guerre civile ?

Il existe une raison très simple pour laquelle il est nécessaire que les Libanais se souviennent de leurs guerres des années 1975-1990 et qu’ils en parlent. C’est qu’il faut éviter une autre guerre. Les événements historiques traumatiques ont cette fâcheuse habitude de se reproduire.

Pourtant, deux phénomènes contraires font partie prenante de l’après-guerre : l’amnésie et l’amnistie.

La répression de la mémoire constitue une tendance générale chez les survivants des évènements traumatiques afin d’oublier le traumatisme. C’est comme si le prix à payer pour pouvoir survivre à la guerre était de l’oublier. Ainsi faut-il noter que c’est la deuxième génération de l’après-guerre qui se montre plus curieuse concernant la guerre et qui exprime un besoin de connaissance et de mémoire.

Amnésie

La manipulation de la mémoire est ainsi devenue une amnésie officielle programmée. Les oligarques du monde des affaires de l’avant-guerre aussi bien que les nouveaux riches et les seigneurs de la guerre ont le même intérêt à maintenir cette manipulation de l’amnésie officielle et de plusieurs manières. Aujourd’hui, le rôle de cette amnésie programmée est de supprimer tous les souvenirs de la guerre, de les substituer par d’autres et de préparer le terrain pour la construction d’un nouveau Liban. Les moyens :

La répression de la mémoire, qui se manifeste ici sous deux formes :

  1. Effacer les responsabilités de l’avant-guerre. La question qui n’a jamais été posée est la suivante : Est-ce que la guerre aurait pu être évitée ou était-ce une fatalité ? Il semble qu’il y ait à ce sujet un consensus pour échapper à cette question, même chez ceux qui appellent à un devoir de mémoire et à l’établissement des responsabilités. Et, par conséquent, pour laisser entendre que oui, la guerre devait arriver et qu’elle devait durer exactement le temps qu’elle a duré. Dans le même temps, l’amnésie officielle gomme les responsabilités des seigneurs de la guerre qui sont devenus les maîtres actuels du pays.
  2. Enrayer les responsabilités et la culpabilité des chefs et partis miliciens, devenus les nouveaux représentants de leurs confessions et les nouveaux maîtres politiques du pays.

Les intérêts de l’après-guerre, ceux liés aux besoins de reconstruire l’économie, la société, le système politique libanais sur les mêmes bases que celles qui existaient avant-guerre : sectarisme politique et système de laissez-faire économique débridé. L’entente étroite entre l’amnésie officielle et les promesses de l’après-guerre se résume en un mot : la reconstruction, telle qu’elle a été symbolisée par la reconstruction du centre-ville dévasté de Beyrouth en un centre d’affaires international de quelque deux millions de mètres carrés de surface de bureaux. Le message ? Le nouveau Liban, symbolisé par la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, signifie tout simplement le retour au Liban de l’âge d’or de l’avant-guerre, celui de la coexistence des communautés et de la prospérité économique. Mais si l’avant-guerre était un tel « âge d’or », ainsi que l’ancien Premier ministre, M. Rafic Hariri voulait nous le faire croire, pourquoi donc la guerre s’est-elle imposée d’emblée ?

La substitution des causes. La réponse à la question de la causalité est toute prête. Afin de rompre tout lien entre la période d’avant-guerre et la guerre elle-même, la guerre est présentée comme « la guerre des autres » ou, dans sa version modifiée, « la guerre pour les autres », deux formules forgées par le journaliste et l’homme politique M. Ghassan Tuéni, qui contribuent à innocenter totalement les Libanais et à les dégager de toute responsabilité par rapport à la guerre. Ce sont « les autres » qu’il faut blâmer. La question qu’il est interdit, évidemment, de poser est : comment se fait-il que de si nombreux Libanais aient été aussi enthousiastes à s’entretuer pour « les autres » ? Mais qui sont les autres ? Une version dominante de cette amnésie officielle est largement répandue aujourd’hui chez les nouveaux champions de cette interprétation. Son nom de code est Tawtin « L’implantation des Palestiniens au Liban ». Les Palestiniens : le seul protagoniste qui n’était même pas représenté à la table des négociations pour mettre un terme à la guerre, en est aujourd’hui tenu pour responsable, accusé d’avoir fomenté un complot pour s’implanter au Liban et en faire sa patrie définitive. Il n’y a pas d’amnésie sans une causalité de rechange pour le traumatisme.

Amnistie

La loi d’amnistie de 1991 prend bien soin de la question de la responsabilité. Du moment que la guerre est devenue celle des autres, personne n’en est responsable et personne ne doit être sanctionné. La loi contient une aberration supplémentaire, encore plus humiliante pour la centaine de milliers de victimes de cette guerre. Un milicien/chef de milice, responsable de la mort de plusieurs centaines de civils peut bénéficier de la loi d’amnistie et être totalement disculpé. Mais quelqu’un qui est impliqué d’une manière ou d’une autre dans l’assassinat ou la tentative d’assassinat d’une douzaine de politiciens ou de dignitaires religieux est toujours passible de poursuites. Les ‘crimes’ de se dernier est nommé ‘crime contre la sécurité de l’Etat’.

3) Pourquoi se souvenir ?

Contrairement à une pratique dominante qui focalise le processus de remémoration de la guerre sur le seul aspect de la violence, trois éléments doivent, à mes yeux, être retenus.

Les causes de la guerre. Les facteurs qui poussent les gens à passer des luttes politiques et sociales à l’utilisation de la violence armée doivent être radicaux. Il faut donc en chercher les causes multiples et profondes en premier lieu au niveau interne.

Les leçons à tirer des dures épreuves de la guerre. Prenons pour exemple cette habitude absurde et meurtrière qui consiste à s’appuyer sur des alliés extérieurs contre les adversaires locaux; rien ne peut être imposé aux Libanais par la force, même ce qui apparaît être pour leur bien, il n’y a jamis aucun vainqueur dans une guerre civile, etc.

La guerre doit également être présentée comme un récit, soit une suite objective et chronologique d’événements et de développements. C’est le « droit de l’homme libanais » de savoir ce qui s’est chronologiquement passé pendant la guerre et de pouvoir écouter, lire, observer et découvrir les récits sur les causes de cette guerre, ses développements, ses acteurs locaux, régionaux et internationaux, et comment elle s’est terminée.

4) Que faut-il oublier ?

Une des caractéristiques de l’amnésie est qu’elle fait vivre le traumatisme au passé, elle le reproduit et le re-interprète (dans le sens théâtral de l’interprétation) continuellement. Pour ce faire, l’amnésie détache le traumatisme de ses causes. Ou bien, elle lui en invente de nouvelles, des pseudos causes, secondaires, imaginaires. Dans se sens, oublier c’est vivre au présent.

D’autre part, tandis que l’amnésie cultive le mutisme, l’oubli et le dépassement du traumatisme nécessitent la narration.

Il faut se souvenir pour pouvoir oublier, sans paradoxe aucun ! On n’oublie, dans se sens, que ce que l’on connaît, ce dont on se souvient.

Bien que, tant d’un point de vue français que libanais, je ne sois pas un admirateur d’Ernest Renan, je reste persuadé qu’il a mis en relief une équation intéressante pour le sujet que nous abordons : une nation se construit autant sur des mémoires partagées que par des oublis partagés. De mon point de vue, les horreurs de la guerre, les tueries, les vendettas, les massacres, les diverses formes de violence, physiques, rituelles ou symboliques se doivent d’être oubliés. Comme le disait Renan, il vaut mieux oublier le massacre de la Saint Barthélémy. Mais je tiens à le répéter : nous ne pouvons oublier que ce que nous nous rappelons, ce que nous savons.

Oublier, pour vivre, pour rester présent, pour rester fidèle au quotidien, comme aurait dit Augé.

Une mémoire pour l’oubli, tel est le titre du récit que Mahmoud Darwich a écrit sur le siège israélien de Beyrouth durant l’été 1982. C’est à la fois un chant d’amour pour Beyrouth et une façon pour le poète de présenter ses excuses au peuple libanais au nom des Palestiniens et de l’OLP pour les fautes qu’ils ont commises durant leur expérience libanaise. Le titre dit tout en soi : vous pouvez délibérément oublier tout ce que vous vous rappelez, c’est-à-dire ce que vous avez récupéré de l’oubli et de l’amnésie. Un proverbe arabe nous apprend que si l’on désigne l’homme par le terme insân c’est parce qu’il est nâsî, oublieux. Le choix de l’oubli peut être salutaire.

5) Le Temps

1) La mémoire et l’histoire. La mémoire collective ne peut être la somme, des mémoires d’un certain nombre d’individus, sans rien enlever à l’importance de celles-ci. La mémoire collective ne doit pas être une construction. Je veux dire par là qu’il ne peut y avoir de mémoire collective sans un effort de réécriture de l’histoire. En d’autres termes, l’histoire est un des éléments de la mémoire collective. Il faut que la guerre de 1975-1990 soit historicisée, sans que cela signifie, nécessairement, la construction d’une seule histoire de cette guerre.

2) La mémoire et le futur. La mémoire concerne le passé, mais qu’en est-il du présent ? Et du futur ? Nous avons établi une relation entre le besoin de survivre, au présent, et le besoin d’oublier. Mais il y a plus encore. Combien d’efforts, intellectuels ou autres, doivent être faits pour régler ses comptes avec le passé et combien d’autres pour envisager le futur ? Dans son essai monumental intitulé Le principe d’espérance, le philosophe allemand marxiste, Ernst Bloch développe une critique originale de Freud en établissant une distinction entre les rêves nocturnes et les rêves diurnes : les rêves nocturnes concernent le passé alors que les rêves diurnes concernent le futur. Ainsi faisant, Bloch juxtapose deux démarches intellectuelles : la mémoire et l’espoir. Les rêves diurnes expriment l’espoir, ils représentent les souhaits et les désirs que l’on voudrait assouvir. L’espoir requiert autant d’efforts intellectuels et physiques que la mémoire mais il requiert aussi, plus que la mémoire, de la volonté et de l’imagination. Nous avons besoin des rêves du jour d’autant plus que nous vivons dans un monde envahi par un jargon post-moderne qui veut nous faire croire que le progrès est devenu un gros mot.

AUGE, Marc, 2004 : Les formes de l’oubli, Paris, Payot et Rivages (1ère éd. 1998, Payot).

المواضيع
تاريخ سياسة
البلدان
لبنان
المؤلف
فواز طرابلسي
الكلمات المفتاحية
الطائفية السياسية الحرب الأهلية اللبنانية التاريخ اللبناني لبنان الذاكرة السردية التاريخية الطائفية صدمة الحرب

مشاركة

المزيد
TelegramThreadsBlueskyMastodonReddit

مشاركة كصورة

نزّل الصورة أو شاركها، ثم أضف رابط المقال في التطبيق. في قصص إنستغرام، أضف ملصق الرابط بنفسك.