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أيّ دور للبنان على رقعة الشطرنج الإقليمية؟

لبنان عُرِّف دوماً بـ«أدوار» خارجية خدمت مصالح وأقصت سكاناً — ألا يستطيع أن يوجد وطناً من دون جرعات مفرطة من رسالات الاستثناء؟

Quel rôle pour le Liban sur l’échiquier régional?

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Quel rôle pour le Liban sur l’échiquier régional?

Interview avec le Sénat francais

Fawwaz Traboulsi

Permettez moi tout d’abord de faire le ponit sur cette question de rôle concernant le Liban.

Un trait distinctif de ce pays est qu’il a été, dans son histoire contemporaine, identifié et traité plus en tant que rôle et fonction qu’en tant que patrie. Pays-refuge, Suisse de l’Orient, trait-d’union entre Occident et Orient, paradis fiscal, pays de rayonnement culturel, ces définitions univoques et obsessionnelle du ‘rôle’ – toujours extraverties et la plupart du temps definies par l’extérieur et de l’extérieur- ont été intimement liées à prouver une quelconque unicité du pays vis-à-vis de son entourage immédiat. D’où une identification croissante du Liban, dans sa raison d’être même, à un rôle, qui, lui, s’avérait être toujours conjoncturel. De plus, faut-il ajouter que cette obsession du ‘rôle’ n’a jamais été innocente; elle a constamment justifié la domination d’intérêts économiques et géo-politiques et intérieurs et extérieurs, et a, par sa définition restrictive du pays et de ses habitants, toujours exclus une partie des Libanais. En résulte qu’à force d’insister sur le ‘rôle’, de le servir, de l’imposer et de lui réduire tout et tous, c’est le développement du Liban en tant que patrie, entité politique, et la consolidation de sa cohésion sociale et son Etat qui ont gravement souffert. Identifié à un rôle unique, le Liban oh combien multiple et compliqué, s’ébranlait quand le ‘rôle’ flanchait pour une raison ou une autre.

Après la dernière guerre, la problématique du ‘rôle’ refait surface avec les exagérations d’usage et les fuites en avant, comme si, dans la plupart des cas, il n’y avait de leçons à tirer des expériences douloureuses des 17 dernières années. Deux de ces ‘rôles’ attribués méritent l’attention. Le rôle culturel et le rôle économique. Un intellectuel libanais explique la guerre comme ayant été un moyen d’accés à la civilisation pour les confessions défavorisées et conclût: “La réussite des Libanais à transformer leur pays de Liban-refuge en Liban-de-civilisation représente leur seule chance de survie”. Faut-il toujours rappeler à cet homo economicus par excellence qu’est le Libanais, que l’Homme ne vit pas uniquement de civilisation, ni d’unicités tirées d’elle? Comment se fait-il que le pays arabe le plus lié à la civilisation moderne soit celui qui a dû souffrir de cette violence si démesurée? Pourquoi, après deux siècles de ce qu’on a appelé une “expérience unique de la civilisation occidentale par un peuple arabe moderne”, n’a-t-on pas pu ni su trouver une manière plus civilisée d’accéder à la …civilisation? Dix sept années de guerres ne nécessitent-ils pas, au moins, un premier bilan sur les degrés de réussite ou d’échec de cette ‘expérience unique de modernité’ plutôt que de répéter cet exercice de vantardise et la production vaine d’un nationalisme culturel fondé non sur la communauté culturelle entre les Libanais, mais sur leur suprématie culturelle présumée vis-à-vis des autres.

Le Liban ne pourra-t-il ‘exister pour exister’, tout simplement? L’expérience de la guerre n’était-elle pas suffisante pour preuve que le peuple libanais existe et que ses habitants l’ont élu ‘patrie définitive’? Pour qu’il devienne communauté politique, aurait-il vraiement besoin qu’on lui injecte, après chaque tragédie, des over-doses de missions uniques et toujours extravertie servies aux Libanais comme autant de récompenses à leurs malheurs?

Ceci dit, je me propose par cette brève intervention de faire deux points.

  • Le premier, est que cette attribution d’un rôle unique au Liban se fait au détriment de sa construction en tant qu’entité politique et en tant que patrie.
  • Le second, est que toute réflexion sur les tâches et relations du Liban dans le contexte régional renvoient à des problèmes internes qu’ils faut résoudre.

Le processus de paix, s’il ouvre de grands espoirs pour tous les peuples de la région, pose du point de vue de notre thème, deux grandes questions pour le Liban comme pour le reste du monde arabe:

  • i) le recyclement de l’Etat hébreu de citadelle armée en une force économique qui tend vers l’hégémonie (renforcée par le monopole de l’arme nucléaire!) constitue-t-il une base solide pour une paix durable? ou une amorce d’une longue série de compétitions et de conflits économiques;
  • ii) les ‘dividendes économiques de la paix’, que l’on distribue à l’avance trop facilement aux peuples de la région, correspondent elles à de vraies tendances de l’économie mondiale? ou sont-elles simplement des désirs et des souhaits émis par les uns et les autres? le Moyen-Orient est-il une région vers laquelle on exporte des capitaux? ou une vers laquelle on exporte des armes, des marchandises de consommation et de luxe, et où l’on vend des contrats de reconstruction (le Koweit et bientôt l’Irak), i.e. une région de laquelle ont pompe les pétrodollars, ou ce qui reste?

Autant de défis qui ne peuvent être traités que dans le contexte d’une colaboration poussée entre les pays arabes. Concernant le Liban plus particulièrement,

  1. La première tâche sur le plan régional est d’imposer le retrait des forces israéliennes des territoires qu’elles occupent dans le Sud-Liban et la Biqa`-Ouest en application des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU 425 et 426.
  2. Le problème des réfugiés palestiniens. Les accords d’Oslo entre l’OLP et l’Etat d’Israel laissent en suspens le sort des Palestiniens qui ont quitté leur pays en 1948, ce qui constitue une lacune dramatique du processus de paix lui-même. Preuve de plus que ce processus reste inégal entre les deux parties et se fait au détriment des intérêts des peuples et de leur droit à l’autodétermination. Cette lacune aura des conséquences tragiques sur le sort de cette partie du peuple Palestinien. Elle constitue un problème libanais dans deux sens: i) dans la mesure où la présence de 350.000 Palestiniens constitueront une lourde charge économique et sociale pour le Liban de l’après-guerre; ii) du fait du risque d’ébranlement de l’équilibre délicat entre les différentes communautés libanaises, selon la logique des accords de Ta’if. Ceci est un problème à poser dans les négociations multilatérales et doit être sujet à des solutions globales et internationales. Quant au tolé anti-Palestinien suscité par le projet de construire d’habitations pour les quelques milliers de Palestiniens chassés du centre-ville, il se rapprôche trop de racisme pour ne pas faire rougir de honte. En particulier quand la transformation des Palestiniens- maintenant qu’ils ne constituent plus une présence armée sur le territoire libanais- en un bouc émissaire trahit l’effort des chefs miliciens de tous bords, maintenant au pouvoir, de se laver les mains de leurs responsabilité dans la guerre civile et de se faire une nouvelle ‘libanité’ pour les uns, une nouvelle virginité pour les autres.
  3. Sur le plan politique, il y le le risque pour des Libanais, surtout des chrétiens, de croire que la paix et la normalisation entre les pays arabes et l’Etat hébreu leur offre la chance d’un bouleversement des alliances locales et régionales contre l’ordre établi par les accords de Ta’if. Cette illusion dangereuse néglige les leçons de la guerre et comporte le danger d’un renouvellement des conflits civils et de l’aliénation totale du pays de son environnement. Mais cet avertissement n’aura de sens que si on évoque avec la même insistance le problème du sentiment d’insécurité et de défaite qui prévaut chez une grande partie des chrétiens et qui nécessite des réformes structurelles pour y rémédier, réformes qui, à notre avis, ne sauraient être que tendant vers la laïcité.
  4. La reconstruction: Quoi qu’il en soit des espoirs de la paix sur le plan économique, le Liban est le pays arabe le plus à découvert pour faire face à ces défis et celui qui en souffrira le plus. Pour ce, on ne nous propose de réponse d’un remake du ‘rôle’ antérieur lui-même: l’aménagement de l’infrastructure afin de concurrencer Israël en tant qu’intermédiaire entre l’Occident et les Arabes. Voici la version économique du ‘rôle’. Les économies de la paix seraient celles du libéralisme, le Liban étant le plus avancé dans ce domaine, il pourra redevenir centre des affaires, des communications, des services et du système bancaire pour la région entière. Nous avons entendu, le long de cette journée, un nombre de remarques et de critiques sur le projet de construction du ‘centre international des affaires’ dans le centre-ville de Beyrouth. J’insisterais sur la consécration par ce projet de la domination de la vie libanaise par la spéculation financière et immobilière. La promesse d’un rôle pilote de l’immobilier – selon la devise “quand le bâtiment va, tout va”- nous semble une aventure incertaine. De plus, dans une interview récente, le premier ministre Rafic Harîrî nous promet d’emblée: “Le Liban sera un paradis fiscal” (Le Point , no. 1086, le 10 juillet 1993, pp. 36-37). Etrange promesse. Car on avait cru comprendre que le Liban l’avait déjà été et qu’il y avait quelque chose à remédier aux problèmes et défaillances de ce ‘paradis’, sinon comment expliquer la guerre? et à quoi servent ses leçons?!

Le Liban n’est plus un paradis- fiscal ou autre- pour la grande majorité de ses habitants. Et le plus dangereux dans cette direction unilatérale de la reconstruction sont ses retombées sociales: faire payer aux couches défavorisées de la population les charges de cette reconstruction par l’augmentation des taxes indirectes tout en diminuant les impôts et les charges sociales (de 30% à 10%); la destruction des secteurs productifs; le remplacement du développement par la spéculation et la polarisation de la société entre super-riches et super-pauvres et la quasi-liquidation des classes moyennes. Déjà de grandes pressions officielles se font pour diviser et contrôler les syndicats, dernier rempart de la revendication sociale. Les retombées sur le plan des valeurs ne sont pas moins néfastes: l’on parle beaucoup de religion et de dialogue entre elles dans le Liban de l’après-guerre, mais dans ce pays, dollarisé, c’est le l’Argent qui détient les clés du sacré.

Un pays compétitif, certes! mais compétitif du point de vue du commerce, des services et des finances, ou bien compétitif par son unité nationale et sa cohésion sociale renforcées et par une revalorisation du social, par la construction des logements, hôpitaux et écoles, par le développement économique des secteurs producteurs d’emploi? Beyrouth n’est pas tout le Liban et le pays ne se réduit pas à son centre-ville. Déja il y a des milliers d’appartement de luxe non occupés tandis que les banlieues étouffent par ses habitants. Pourquoi pas le développement des banlieues, de la campagne, des secteurs producteurs de travail? Quoi qu’il en soit, on ne pourra construire un pays avec une population d’émigrés ou de parents d’émigrés- qui investissent principalement dans l’immobilier et la consommation de luxe- et une main d’oeuvre étrangère, qu’elle soit attirée ou exportée de force.

  1. Tout ce qui vient d’être dit peut être pris pour une plaidoirie pour que soit mis fin à la schizophrénie qui a si longuement géré les politiques libanaises: entre la logique de l’économique et celle du politique, et pour lier la politique aux intérêts et non pas aux mythes d’origine, d’unicité et de supériorité et pour s’inspirer des réalités de cette fin de siècle.
  2. Il y a beaucoup à dire sur les relations syro-libanaises. Mais on n’a pas dit assez sur les intérêts du Liban et des Libanais d’établir les relations les plus étroites avec une Syrie qui se libéralise et pour faire face à la compétition économique israélienne. On n’a pas suffisamment insisté sur le fait que le système politique de la Deuxième République, avec sa consacration du confessionnalisme et son sommet tricéphale et ses illusions d’équilibre entre les confessions, constitue un foyer de compétition et de conflits entre les trois hauts postes de l’Etat, ce qui rend Damas le seul arbitre valable, et, de ce fait, ce système constitue une faille principale de l’indépendance libanaise. On n’a pas assez imaginé la possibilité d’assoir les relations entre les deux pays sur la base des intérêts réciproques plutôt que sur les illusions de la souveraineté absolue et l’intervention étrangère. Ainsi pourrions-nous dire beaucoup sur les relations inégales dans le domaine des relations bilatérales entre les deux pays et adresser des critiques sur la manière dont le pouvoir libanais gère les accords de coopération entre les deux pays: les travailleurs syriens (estimée à 650.000 par les experts du ministère de l’Agriculture); le dumping et la concurrence des produits agricoles syriens; pour prendre dexu exemples notoires. Il faut le dire: le produit agricole libannais est en chute libre depuis des années. A cela, il faut ajouter que l’abolition de la culture du hachich et de l’opium dans la Biqa`- un autre résultat du processus de la paix- se fait sans aucun effort pour pourvoir des cultures de substitution pour les dizaines de milliers de familles qui y vivaient. Et puis, on se demande pourquoi l’intégrisme gagne du terrain…

Le Liban a besoin d’aide économique pour sa reconstruction et son développement plus qu’il a besoin de ‘protection’. Sur ce point, je citerais les mots d’un politicien libanais de la première génération.

“Nous voulons vivre en paix avec nos voisins, mais… ceux qui sont venus nous protéger ne font que susciter contre nous l’animosité de nos voisins. Nous serons certainement plus en sécurité avec ces derniers et sans la protection d’une puissance européenne, comme le passé l’a prouvé…”.

Il s’appelait Sulaymân Kin`ân, membre du Conseil administratif du Mont-Liban pour la région de Jizzîn, chrétien-maronite, et il expliquait que son opposition au mandat français découlait du fait que la protection de la minorité chrétienne au Liban par une puissance étrangère serait nuisible aux chrétiens eux-mêmes. C’était en 1921.

المواضيع
سياسة علاقات دولية
البلدان
لبنان
المؤلف
فواز طرابلسي
الكلمات المفتاحية
الطائفية السياسية مقابلة الجيوسياسة التاريخ اللبناني الاستقلال اللبناني لبنان الشرق الأوسط اللاجئون الفلسطينيون العلاقات اللبنانية السورية النظام السياسي اللبناني

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