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The Aberrations of Confessionalism - Libération Interview

An interview with Libération: "We don't even have the right to choose a secular death"—the core of sectarianism is not power-sharing but balanced development and reducing class inequality.

Les aberrations du confessionnalisme – Interview Libération

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Les aberrations du confessionnalisme

Mardi 29 Août 2000

Moi, Omar-Charbel, un mois, musulman et baptisé

Au Liban, le mariage civil n’existe pas. Les couples mixtes doivent se rendre à l’étranger pour ce type de contrat. Les enfants ont obligatoirement la religion du père. Reportage.

De notre envoyé spécial.

Vingt-sept chiites, vingt-sept sunnites, huit druzes, deux alaouites, trente-quatre maronites, quatorze orthodoxes grecs, huit catholiques grecs, cinq orthodoxes arméniens, un anglican, un membre d’une minorité. Un inventaire à la Prévert qui, en réalité, n’est autre que la composition exacte du Parlement libanais. Cent vingt-huit députés, 50 % de musulmans, 50 % de chrétiens. Un cas unique au monde, qui porte le nom de système confessionnel. Mise en place sous le mandat français en 1920, cette organisation de la société aurait dû disparaître il y a dix ans, après les accords de Taïf qui entérinaient la fin de la guerre civile. Las, la division religieuse du pays existe encore. Le scrutin législatif montre à l’envie son aberration, voire son côté caduc, si tant est qu’il eût un jour quelques vertus.

Si les élections se déroulent sur une base confessionnelle, les députés sont élus par l’ensemble de la population. Conclusion, la vie politique” se réduit à un ballet de coalition et de compétition pour le contrôle du pouvoir”, selon l’expression de Fawaz Traboulsi, écrivain et historien, enseignant à la Lebanese American University. Ce dernier en dénonce les aberrations et surtout le coût pour les Libanais d’une telle organisation. “Les guerres civiles que nous avons connues en découlent directement. Au lieu de changer le système, on change le peuple, pour reprendre la formule de Brecht. “Le confessionnalisme réduit les droits du citoyen. Pis : “On n’a même pas le droit de choisir une mort laïque. Même dans le cercueil on est accaparé par la confession du père, par le prêtre ou par le cheikh”, insiste Fawaz Traboulsi. “En quelque sorte, les Libanais sont réduits à être des membres biologiquement déterminés d’une société. “Il remarque également que” de nombreuses questions ne peuvent trouver de réponses à partir de la simple logique des quotas de distribution du pouvoir politique entre les confessions”. Pour lui, “le fond du problème du confessionnalisme se trouve dans le développement plus équitable des régions libanaises, dans la réduction des inégalités de classes. La législation et la forme du système politique suivront”.

Bien qu’encore faibles, les signes d’une évolution des esprits sont néanmoins perceptibles. C’est particulièrement vrai chez les jeunes qui constatent amèrement les blocages économiques induit par le système. Autre fait significatif : les mariages mixtes, c’est-à-dire entre religions différentes, se multiplient. Seul problème, mais de taille, le mariage civil n’existe pas dans la législation libanaise. Hadi, trente ans, musulman en a fait l’expérience il y a quelque temps. Le cour ayant ses raisons que la confession ne connaît pas, il s’est épris de Christiane, une jeune chrétienne maronite. “Il a d’abord fallu vaincre les résistances de nos familles”, explique-t-il. Malgré les menaces de toutes sortes, y compris physiques – il y a toujours des frères ou des cousins bien intentionnés, on le sait -, Hadi et Christiane ont arraché l’accord de leurs parents. Ni l’un ni l’autre ne voulant se convertir, ils se sont rendus en Turquie pour contracter un mariage civil. En cas de divorce, les tribunaux libanais seront tenus d’appliquer le droit turc !

Il y a un mois, nouvelle situation surréaliste avec la naissance de leur premier enfant. C’est un garçon. De par la loi, il est obligatoirement musulman, comme son père. Il est tout de même baptisé. “Quand il sera grand, il pourra choisir”, indique son père. Il a deux prénoms : Omar-Charbel. Omar est le deuxième calife ayant régné après la mort du Prophète. Charbel est un saint maronite particulièrement vénéré. Hadi sourit : “Le plus drôle est que j’ai un double statut. Le mariage civil n’étant pas reconnu au Liban, je peux me marier encore. Le droit musulman, qui me régit, m’autorise même à avoir quatre femmes.” Ils participent tous les deux aux fêtes musulmanes et chrétiennes. “Elle va très peu à l’église et moi je vais à la mosquée mais je ne prie pas”, souligne Hadi. “Le confessionnalisme est vraiment un problème. C’est la non-compréhension de l’autre”, dit-il. “Nous ne sommes pas un cas isolé. L’important est de donner de nouveaux horizons à mon fils. L’État doit donner les mêmes droits à chaque Libanais et appliquer les mêmes lois. L’identité nationale doit primer et l’identité religieuse être reléguée dans le domaine privé.”

Mais voilà, le confessionnalisme a la faveur de nombreux hommes politiques, qui perpétuent ainsi les méthodes claniques et les comportements de seigneurs féodaux. “Malheureusement, les partis laïcs et interconfessionnels se sont affaiblis”, regrette Fawaz Traboulsi. “La gauche mène un combat de plus en plus important mais elle n’en est qu’au début. Lorsqu’on est habitué depuis des décennies à un tel système de répartition politique qui sert des intérêts, il n’est pas facile de concevoir des alternatives. Avant la guerre, nous avons pu mesurer la faillite d’un tel système. Mais faillite ne signifie pas changement.”

P. B.

Themes
Politics
Countries
Lebanon
Published In
Libération
Author
Fawwaz Traboulsi
Keywords
Confessionalism Interview Lebanese History Secularism Lebanon Sectarianism Lebanese Political System

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