Back to Publications
Publications Articles

Enchanting Socotra Enters Modernity

Socotra lagged behind the continents millions of years ago and still hesitates—between enchantment, history, oil, and tourism, the island enters modernity while needing a single doctor.

Socotra l’ensorcelleuse fait son entrée dans la modernité

Text Size



Share

More
TelegramThreadsBlueskyMastodonReddit

Share as image

Download or share the image, then add the article link in your chosen app. For Instagram Stories, add the link sticker yourself.

Socotra l’ensorcelleuse fait son entrée dans la modernité

Quand la péninsule arabique se détacha du continent africain, il y a de cela au moins dix millions d’années, une petite île s’attarda du déplacement du massif continental. Socotra hésite entre les continents. Méridionale et plus proche de l’Afrique que de l’Arabie du Sud (située à 240 km de la Corne d’Afrique et à 500 km d’Aden) elle fait néanmoins partie du Yémen.

Son nom dérive du sanscrit: Dvipa Sakhadhava, ou “l’île de la félicité”. Les anciens Egyptiens l’appellaient “terrasses d’encens”, car elle faisait partie des territoires de l’encens dans le sud-arabique, tout comme Dhofar, la célèbre Ophir de la Bible. Pour les Grecs et les Romains, Socotra fut connue en tant que l’île de Dioscorides, du nom du naturaliste et médecin militaire grec qui servit dans l’armée de l’empereur Néron, entreprit de nombreux voyages et consacra la plupart de son temps à la collecte et l’identification des plantes. Auteur d’un manuel De Materia medica , très connu durant le Moyen Age, Dioscorides Pedanius est considéré comme le fondateur de la botanie en tant que science. Il visita Socotra et fut un des premiers hommes de science à découvrir ses merveilles botaniques.

En ce premier siècle de l’ère chrétienne, Socotra commandait la route maritime entre la Méditerranée et l’océan indien. Elle exportait l’encens et les épices mais ses rentrées principales provenaient du transport maritime. Au VIème siècle, l’île- dont les habitants sont un mélange d’Arabes, d’Indiens et de Grecs- abrite des chrétiens nestoriens qui parlent le grec et sont gouvernés par un archevêque qui dépend du Métropolite de Perse. Cette origine chrétienne des habitants est confirmée dans la poésie populaire:

“J’adore le beau

et mon coeur est épris de la musulmane ”.

Les Byzantins appellent Socotra “l’île gardée par le territoire des Arabes ”. Pour une longue période, elle sert de base aux corsaires, arabes et indiens, qui prédataient sur la navigation en océan indien. Au dixième siècle, on comptait une dizaine de milliers de corsaires armés basés sur l’île. Dans la littérature de voyage arabe, Socotra figure en tant qu’île ensorcelée et enveloppée de mystères. Les navigateurs racontent que quand ils observent sept oiseaux en mer, c’est qu’il s’approchent de l’île. Mais s’approcher de l’île et l’aborder n’est pas la même chose. Ibn Mujawir, relate, dans sa Description du Yémen, la Mecque et le Hijaz , les mésaventures de la campagne navale lancée par Sayf al-Islam pour occuper l’île. Quand les cinq navires de guerre arrivèrent à proximité de l’île, elle disparut des yeux des assaillants qui passèrent nuits et jours allant, venant, montant, descendant, sans y trouver trace d’elle et durent finalement rebrousser chemin.

Ibn Mujawir parle des Socotris en tant que “chrétiens sorciers ” qui arborent des croix autour du cou, la taille de chacune à la mesure du rang et importance de celui qui la porte. Tout chrétiens qu’ils étaient, ces gens “rudes et maquereaux” livraient leurs femmes aux corsaires qui débarquaient sur l’île et passaient six mois par an, “les vieilles sont plus maquerelles que les vieux, et parmi les hommes, il y a ceux qui sont encore plus lascifs qu’un nègre monté sur un chameau en rut .”

Les dires d’Ibn Majawir ne sont pas pure médisance. Dans son fameux livre de voyage, Marco Polo (1254-1324) parle aussi de ses ‘enchanteurs’ que sont les Socotris.

“Et sachez qu’ils ont sur cette île les meilleurs enchanteurs du monde…Et vous dirai quelque chose de leurs enchantements: qu’une nef mît à la voile avec bon vent, ils pourraient éveiller un vent contraire et la faire revenir en arrière. Ils font souffler le vent qu’ils veulent; ils font la mer belle ou de grandes tempêtes. Ils font encore d’autres grands enchantements, mais ils ne sont pas bons à mettre dans notre livre.”

Peut-être est-il que les autres “grands enchantements” que le l’illustre voyageur vénitien ne veuille divulguer sont ceux dont le voyageur arabe ose en parler!

Sans doute, Socotra bénéficia de la longue période de prospérité que le Yémen connut entre les XIIIème et le XVIème siècles en tant qu’intermédiaire privilégié dans le commerce asiatique des épices avec Venise. En plus du fait que les corsaires y vendaient leur butin, il s’y faisait beaucoup de commerce à Socotra, passage obligatoire de toutes les nefs en route pour Aden, qui “reçoit de grands navires de tous les pays, avec toutes les marchandises que les marchands vendent à ceux de cette île, leur achetant de l’or en échange, de quoi il font grand gain ”, toujours selon Marco Polo.

Lorsque les Portugais lancent leur offensive pour contrôler les routes de commerce entre l’Est et l’Ouest et mettre la main sur le commerce des épices asiatiques, ils occupent Socotra. En 1506, sous le commandement de deux fameux conquistadors , Tristao da Cunha et Alfonso de Abuquerque, la flotte portugaise prend l’île en assaut, bat ses souverains arabes et construit les fameuses feitorias , complexes de forts et postes de commerce qui contrôlent la Mer Rouge. Mais l’occupation portugaise est de courte durée. La campagne s’étant révélée trop coûteuse, les Portuguais quittent l’île en 1511 après avoir détruit leurs feitorias . En 1513, ils plient finalement bagage de toute la région après l’échec de la tentative d’Abuquerque pour occuper Aden. L’île est à nouveau sous autorité arabe.

L’ouverture du Canal de Suez ravive l’intérêt colonial en la position stratégique de Socotra. La Grande Bretagne, après avoir occupé Aden en 1839, cherche à contrôler toutes les positions sur la Route de l’Inde. En 1876, le Sultan de Qishn et de Socotra accepte la ‘protection britannique’ moyennant une aide financière et l’île fut incorporée dans le East Aden Protectorate et mise sous l’autorité du Résident britannique à Mukalla (dans le Hadramaut).

Des émigrés juifs qui ne viennent pas

Toutefois, la présence britannique sur l’île n’est que symbolique. Une fois par an, un navire de Sa Majesté y transporte le Gouverneur ou l’Officier Politique de l’East Aden Protectorate pour une visite de deux ou trois jours. Délaissée, l’île végète et ne suscite qu’intérêt botanique pour les premiers scientifiques britanniques qui la visitent et font les premiers inventaires de ses richesses. En 1880, Isaac Balfour y compte environ 500 espèces végétales, dont 200 n’étaient pas encore jusquelors connues nulle part au monde.

On ne connait pas le dégré de parenté entre Isaac et Sir Arthur James Balfour, l’homme d’Etat qui promit la Palestine en tant que homeland pour les Juifs. Pourtant, ce deuxième, et plus célèbre, Balfour fut aussi lié d’une certaine façon à notre île. Car en 1939, le gouvernement britannique envisagea la possibilité de faire de Socotra aussi un homeland pour les Juifs. C’était le temps du fameux White Paper dans lequel le gouvernement de Sa Majesté s’était engagé de limiter l’émigration juive en Palestine sous la pression de la Grande révolte palestinienne de 1936-39. Le ‘projet Socotra’ s’inscrivit parmi les projets d’héberger une partie des réfugiés juifs fuyant l’Allemagne nazie dans les colonies britanniques. Londres avait aussi pensé à la Guyanne britannique, le nord de la Rhodésie et des parties de l’Afrique de l’Est.

Le projet de colonisation juive de Socotra fit l’objet d’une correspondance entre le Colonial Office, le India Office et les administrateurs britanniques du sud arabique durant les mois de mars à mai 1939. Dans sa lettre du 23 mars 1939, Shukberg, haut fonctionnaire du Colonial Office, informe Railey, Résident général à Aden, que le ministère des colonies étudiait la possibilité d’une colonisation juive à Socotra. L’idée était venue aux fonctionnaires du ministère après avoir lu une description de l’île écrite l’année d’avant par Mr. Ernest Benett, membre du Parlement, qui croyait en la possibilité d’une “colonisation juive étendue” sur l’île. Shukberg ne se prive d’exprimer ses doutes sur la fiabilité du projet: le climat de l’île est inapproprié pour des gens arrivant d’Europe, l’île manque de ressources matérielles, et, plus important, il évoqe la peur d’un tollé arabe contre la Grande Bretagne dans la région l’accusant de livrer un second pays arabe aux sionistes. N’empêche qu’il demande au résident à Aden d’étudier la possibilité d’héberger un “nombre restreint” de juifs allemands et européens sur l’île, de suggérer le nombre maximum que l’île pourrait héberger, de définir les métiers que pourraient entreprendre les nouveaux arrivants et de proposer le montant des capitaux nécessaires pour financer le projet.

Railey transmet la lettre à Ingrams, Conseiller-résident à Mukalla dans le Hadramaut, capitale du protectorat d’Aden-Est, dont dépend Socotra. Ce dernier, dans sa lettre en avril de la même année, estime que l’affaire fera plus de mal que de bien. Certes, il consent que le Sultan de Socotra accepterait d’accueillir les émigrés moyennant une augmentation de son budget payé par les Britanniques, mais les habitants s’y opposeront sans doute et cette opposition, en plus du fait qu’elle nécessitera le renforcement des forces de sécurité sur l’île, sera facilement exploitée par les forces hostiles à la Grande Bretagne, notamment l’Italie fasciste. Justement, une forte rumeur circule déjà dans le protectorat d’Aden et au Yemen (du Nord) qui s’alimente d’une information apparue dans la presse égyptienne que la Grande Bretagne envisageait d’organiser une colonisation juive extensive au Hadramaut. Ingrams conclut qu’il faudrait supprimer complètement l’idée d’une colonisation juive dans le Sud Arabique et met en garde contre une répétition au sud-arabique d’une politique qui avait déjà provoqué une polémique amère en Palestine.

Lors de la lutte armée pour l’indépendance du Sud Yémen (1962-67), Socotra fut la dernière position du l’Union sud-arabique à tomber aux mains des rebelles indépendantistes. On l’avait tout simplement oubliée. `Ali al-Bid, secrétaire général du Parti Socialiste Yéménite et vice-Président de la République du Yémen unifié, se rappelle de cette épisode. Il était alors chef du FNL pour le Hadramaut et se lance à la tête d’un détachement de combattants pour libérer l’île. Arrivés sur l’île, les fidayeen trouvent que les troupes britanniques l’avaient évacué et n’affrontent aucune résistance. Quant à celui qui détenait le pompeux titre de ‘Sultan de Qishn et de Socotra’, il n’était qu’un vieillard pathétique en haillons retranché seul dans une cave. Il se livra volontairement aux libérateurs.

C’est le socialisme qui refera parler de l’ ‘île de la félicité’. Non pas que la félicité avait envahit l’île. Mais c’est que la presse occidentale publia des années durant des articles accusant les autorités de la République populaire démocratique du Yémen d’avoir accordé aux Soviétiques une base navale sur l’île. Pour répondre à ces accusations, la RPDY organisa en 1984 une visite d’une quarantaine de journalistes et correspondants de presse. Les journalistes firent mieux que les conquérants de Sayf al-Islam: ils trouvèrent l’île. Mais la base soviétique disparut de leurs yeux; ils passèrent nuits et jours allant, venant, montant, descendant, sans y trouver trace d’elle et durent finalement rebrousser chemin.

Un nuage posé sur les flôts

Malgré mes voyages fréquents au Sud-Yémen, à raison de quatre ou cinq par an, depuis 1970, et mes tribulations tout le long du pays, j’arrivais toujours à rater ma visite à Socotra. La mer étant ‘fermée’ durant six mois par an, s’arrête le transport naval. Pour y parvenir, durant ces mois du monsoon , il fallait attendre le départ d’un avion militaire de ravitaillement ou qu’un haut responsable se décide de visiter l’île. Quoi qu’il en soit, l’aventure aérienne ne fut entreprise qu’en cas d’urgence. Durant ces mois de tempêtes, le vent soufflait à une vitesse de 150km / heure, ce qui rendait l’atterrissage très risqué sur le petit tarmac légué par les britanniques. Mais, quand la mer n’était pas ‘fermée’, il était difficile de trouver quelqu’un pour m’accompagner. A mon arrivée à Aden, un haut responsable revenait tout juste d’une visite à l’île. A mon départ, un autre s’apprêtrait à s’y rendre, mais dans une semaine ou deux après mon départ prévu pour Beyrouth et il ne m’était pas facile de m’absenter du cher pays en guerre pour une lubie touristique. Ainsi, ai-je raté des dizaines d’occasions pour visiter Socotra et l’île devint presque une obsession qui me hanta vingt ans durant. As-tu visité Socotra? Il faut que tu visites Socotra… me harrassaient mes amis yéménites, aucun d’entre eux n’avait jamais mis le pied sur leur île paradisiaque. Mais Socotra ensorcelle tout le monde.

A la veille de l’unité yéménite, je consacre mes visites de plus en plus rares à Aden pour visiter les coins du pays qui m’étaient toujours inconnus. Un pressentiment me fait croire que tout va changer dans le sud-yémen après l’unification des deux parties du Yémen. Après un agréable voyage à Yafi`, pays des Qarmates et du Qat, il ne me restait que l’île de mes rêves. Parmi les nombreuses demandes que j’imposais toujours à mes amis yéménites, je me contentait de deux: préserver les droits des femmes sous l’union et…visiter Socotra.

J’obtins la deuxième…

L’occasion se montra lors d’un congrès d’intellectuels arabes. Nous voilà tous embarqué sur un avion militaire vers l’île: une délégation d’intellectuels du Yémen du Nord, qui visite le Sud pour la première fois, un groupe d’instituteurs Soudanais qui enseignent à Aden, les membres de la délégation libanaise, et l’ami Jaafar Hassan, compositeur et chanteur irakien en exil au Yémen. Assis sur des sièges latéraux des deux cotés de l’avion, les couloirs entassés de vivres et marchandises, les uns somnolent, d’autres lisent ou conversent. J’ai entre les mains un ancien ouvrage arabe sur l’île. Quand nous approchons de Socotra, l’île apparaît telle que les voyageurs arabes l’avaient décrite: un nuage posé sur les flots.

Le sang des deux frères

Nous atterrissons sur le tarmac de terre battue intouché du temps des Anglais. En route pour Hadibo, capitale de l’île, accompagnés par le secrétaire de la branche locale du Parti Socialiste Yéménite (PSY), nous faisons le point sur les données essentielles sur l’île.

Avec une surface de 1400 km carrés, Socotra compte une population de 80.000 habitants, selon le recensement officiel de 1988 (en 1948 elle ne comptait que 12,000 ). Les Socotri originels, émigrés d’Arabie sont concentrés à l’intérieur. Sur la côte habite des Arabes plus mélangés aux Européens, Indiens et Africains. Les instruits parlent l’arabe, la majorité de la population, un dialecte sud-arabique anciens que parlent les habitants de Mahara (Yémén), du Dhofar et de Jaddat al-Harassis (Oman). La plupart des habitants vivent de l’élevage, de la cueillette (le myrrhe, l’encens, les grenades et le miel de Socotra sont réputés dans tout le péninsule arabique) et d’une agriculture primitive qui se réduit à la culture du palmier. Sur la côte, c’est surtout la pêche: “La mer est mon dieu ”, dit le dicton populaire, “et les croyants exaltant croupissent au pied de l’autel ”.

Nous passons une nuit dans une maison en pierre qui fait fonction d’hôtel d’accueil aux visiteurs officiels. Impossible de dormir dans les chambres envahies par les moustiques, la plupart de nous montent sur le toit dormir sous la belle étoile. Contemplant le ciel clair, mon ami Abdel Bari Taleb, secrétaire de l’union des journalistes yéménites, m’entretient d’une longue discussion savante sur l’astrologie traditionnelle yéménite. Joseph Samaha qui insiste à rester dans sa chambre était sur le point d’être dévoré par un nuage de moustiques qui l’enveloppe quand Bachir Bakr le sauve à la dernière minute et l’accompagne sur le toit.

Le nom de l’île est associé depuis l’antiquité à un arbre. Selon la légende, quand Alexandre le Grand s’apprêtait à lancer sa campagne vers l’océan indien, son maître Aristote lui conseilla de passer par Socotra et d’y chercher un arbre magique dont le suc rouge-sang est reporté guérir les blessures graves. Alexandre le Grand ne passera pas par Socotra et mourru sans avoir vu l’arbre magique. Il s’agit de la Dracaena , que les Anglais nomment Dragon’s Blood (sang du dragon). Sur l’île et dans le reste du Yémen, il est appelé par son nom arabe Damm al-Akhawayn , le sang des deux frères, sans doute en référence à l’histoire d’Abel et de Caïn. J’avais utilisé le nom de cet arbre pour intituler un texte que j’écris sur la guerre fracticide de janvier 1986 entre les deux factions opposées du PSY.

Un piquenique nous est organisé à Ra’s Momi sous les arbres ensanglantés qui ressemblent à des parapluies à l’envers et poussent surtout sur les crêtes des monts. Debachiq paisibles circulent parmi nous comme des volailles apprivoisées et picorent les restes de notre nourriture. Sans doute, Socotra serait un paradis pour les chasseurs libanais.

Un autre arbre non moins attirant est le Trimo, aussi nommé Asfid ou Qamhin. Les troncs sont semblables à des concombres gonflées- d’où leur nom local de khyar – et leurs extrémités sont couvertes de petites fleurs écarlates. Nous étions si épris de cet arbre que nous emportons un arbustre pour le planter dans le miniscule jardin de Jaafar Hassan à Aden. Socotra, considérée comme une des dernières réserves botaniques dans le monde, abrite des centaines d’espèces végétales rares, disparues ou en voie de disparition ailleurs dans le monde. Une mission tchèque qui découvrit des dizaines d’espèces d’herbes médicinales proposa aux autorités sud-yéménites de louer l’île pour y construire un complexe pharmacologique et en faire une plantation pour les plantes médicinales. Les Tchéques ayant projeté de cultiver le haschisch et la pivoine pour les utiliser dans la pharmacologie, les autorités sud-yéménites rejetèrent l’idée de crainte que les habitants de l’île s’adonnent à la drogue et que celle-ci ne s’infiltre dans le reste du pays.

Une tournée au flanc du Mont Hahjar, 1500 m. d’altitude, qui constitue l’épine dorsale de l’île: un paradis de roches, ruisseaux, chutes d’eau et palmiers, ses crêtes toujours couronnées par les nuées.

Sur le chemin du retour, dans un batiment délabré, nous visitons une école pour les enfants des bédouins de l’intérieur, ouverte à l’initiative de la branche locale du PSY qui a convaincu l’armée de fournir le repas de midi aux enfants. Cette initiative volontaire imposa à l’État la construction d’une nouvelle école officielle moderne.

Le long de notre route, les habitants que nous rencontrons demandent des médecins et des médicaments. Lors de notre séjour, il n’y avait même pas un aide médical pour toute l’île. A part les médecins, les doléances des habitants se résument en la construction d’un port à Hadibo, des routes asphaltées et la reconnaisance de l’île en tant que muhafaza indépendante, car elle relèvait toujours de l’autorité de la muhafaza d’Aden.

Folklore et émigration

Nous sommes invité à un mariage célébré dans la cour d’une maison de Hadibo. La danse collective, Ta`udin , rassemble quatre rangées d’hommes et de femmes face à face, les deux rangées qui s’opposent se mettent à danser en se rapprochent l’une de l’autre, à petits pas en traînant les pieds par terre, se rencontrent puis se séparent en reculant avec les mêmes pas, cédant la place aux deux autres rangées qui répètent le même mouvement et ainsi de suite.

A l’extérieur, la danse du Charh , bat son plein. Un groupe d’hommes et de femmes formés en cercle scandent en clappant les mains avec un rythme rapide pour accompagner un poète et un joueur de pipeau. Au milieu du cercle, une femme danse tantôt sur un seul pied, tantôt sur les deux pieds croisés, en clappant les mains. Elle invite un homme à l’accompagner. Danse rapide et évidemment fatiguante, le danseur s’épuise au bout de quelques minutes et cède la place à un autre tandis que la femme perdure et perdure:

Joie du coeur et de l’esprit,

Mon envie de toi jamais ne me quitte:

Amour d’une seule rencontre,

Comment convaincre mon coeur inassouvi?

Parlant de mariage, il nous a paru que le Code de la famille de la RPDY n’avait pas filtré à Socotra. Sans doute la législation sur les droits de la femme la plus progressive du monde arabe, ce code, apparu en 1973, limite la dote à une somme symbolique, abolit la polygamie et accorde à la femme le droit égal au divorce et la garde des enfants. Le responsable de la branche locale du parti nous avise que la polygamie persiste mais n’est pas très répandue. Mais la dote est très élevée: 1200 à 1600 shillings, l’équivalent de 500-800 dollars américains. Sans doute la dote monétaire est intimement liée à l’émigration dans les pays du Golfe. Une grande partie des hommes émigrent dans les pays du Golfe, les jeunes mariés surtout, afin de pouvoir payer la dote de leur femme aux beaux-parents. A l’inverse, les émigrés agés, de retour au pays, ayant amassé une somme d’argent, se procurent de jeunes filles en secondes épouses. Les émigrés construisent de nouvelles maisons et introduisent les produits importés et les petites boutiques de Hadibo étalent déjà les marchandises de la société de consommation.

L’unité des deux Yémen et la privatisation comblent Socotra. British Gaz obtint une concession offshore pour la prospection du pétrole et du gaz au large de l’île. On parle aussi d’un projet du Club Méd pour y construire un complexe balnéaire. D’autre part, une campagne est lancée dans les milieux scientifiques internationaux pour transformer l’île en une réserve écologique sous l’égide des Nations Unies.

Parée des promesses contradictoires de l’or noir, du tourisme international et de l’écologie, l’île ensorcelleuse s’est mise sur la voie royale vers la globalisation.

En l’attente, Socotra a toujours besoin d’un médecin, un seul!

Fawaz Traboulsi

Themes
Anthropology
Countries
Yemen
Author
Fawwaz Traboulsi
Keywords
Natural History Arabian Peninsula Yemen South Yemen

Share

More
TelegramThreadsBlueskyMastodonReddit

Share as image

Download or share the image, then add the article link in your chosen app. For Instagram Stories, add the link sticker yourself.