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A Guide to Arab Revolutionaries and Rebels

A guide, not a museum: portraits of Arab revolutionaries from Ben Barka to Mahmoud Mohamed Taha—and the lesson that defeated revolutions change the victor and failed ones accomplish more than revolutionaries imagine.

Guide des révolutionnaires et des rebelles arabes

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Guide des révolutionnaires et des rebelles arabes

Fawwaz Traboulsi

Traduit de l’arabe par Nabil Ajan

Présentation

J’ai choisi dans ce texte de rassembler “un guide” des révolutionnaires arabes plutôt que d’en faire « un musée » dans le souci de ne pas enfermer mes personnages dans des idôles et des statues. J’ai considéré que le parangon du / de la révolutionnaire découle d’une conception, d’un travail visant un changement radical du pouvoir, de la société, de la pensée, de la culture et des valeurs. J’ai choisi des révolutionnaires et des rebelles du vingtième siècle qui ne se sont pas contentés de s’affranchir de la dépendance colonialiste mais ont envisagé également le changement radical des relations et des structures sociales et autoritaires durant la période postindépendance, certains parmi eux ont participé à des soulèvements et des révolutions qui ont utilisé comme moyens la violence armée afin de réaliser leurs objectifs. Je suis sorti du XXième siècle dans la même situation que Ahmad Farès Al-Chidiac pour des raisons que je mentionnerai par la suite. Le choix du nombre des sujets choisis a été limité par le nombre de mots accordés (2500 mots)

Mehdi Ben Barka (1920-1956), le Maroc la solidarité des trois continents

Il était professeur de mathématiques .C‘était un résistant à la colonisation française de la premiere heure. Il était l’un des plus importants leaders de l’opposition de gauche contre la monarchie marocaine. Ben Barka a présidé le conseil consultatif après l’indépendance et a contribué à la fondation de « l’Union nationale des forces populaires » d’obédience socialiste qui a appelé au contrôle de la richesse naturelle du pays (le phosphate) et à la répartition équitable du revenu national. Il a quitté le Maroc en 1963 après le renforcement de l’oppression autoritariste et a appelé au « choix révolutionnaire » pour contrecarrer l’alliance du trône avec les propriétaires terriens et la bourgeoisie affiliée. Il a été condamné à la peine capitale par contumace en 1964.

Mehdi Ben Barka a présidé la commission du « néocolonialisme » dans l’organisation de la solidarité afro-asiatique. Il s’est focalisé sur la lutte contre le néocolonialisme, et a fait campagne contre la spoliation des ressources et l’échange inéquitable entre les pays du Nord et du Sud, appelant à une croissance fondée sur la participation populaire sous un Etat qui représente les intérêts du peuple travailleur. C’est ce qu’il a appelé « le contenu socialiste de l’indépendance ».

Il a consacré son temps et ses efforts à la préparation de la Conférence de la tricontinentale dont la tenue a été décidée au début de 1966, à l’élaboration d’une stratégie commune de lutte et de solidarité contre l’impérialisme et le racisme, au soutien au Vietnam, au démantèlement des bases militaires et à l’opposition contre l’armement nucléaire. Le document préparatoire a invité à considérer les trois continents comme une zone économique unie et à lutter pour une croissance indépendante, pour une réforme agraire, pour un allégement de la dépendance économique par rapport aux pays occidentaux et pour l’établissement des sociétés sur la base de l’égalité et de la justice sociale.

Mehdi Ben Barka a été enlevé dans une opération montée conjointement par les services français et les services marocains avec une participation américano-israélienne, alors qu’il se trouvait dans un café à Paris le 29 octobre 1965, quelques semaines avant la tenue de la Conférence.

Larbi Ben M’hidi (1923-1957) « le sage » de la révolution algérienne

Il est né au sein d’une famille d’agriculteurs, il a étudié dans les écoles françaises et s’est spécialisé dans le théâtre et a rejoint tôt le mouvement national. Il s’est fait appeler « Zapata » du nom du paysan révolutionnaire mexicain et s’est fait connaître pour son appel en faveur d’un genre de socialisme paysan. Il est l’un des premiers à contribuer à la préparation de la révolte armée. Par ailleurs, il a pris les commandes de la cinquième Willaya (l’Oranie). Il est connu pour son caractère calme, sa bienveillance, sa modestie et sa fermeté. Il a aussi présidé le congrès de la Soummam et a introduit dans ses décisions le principe de l’autonomie et de l’indépendance de la décision de la révolution algérienne par rapport aux capitales qui la soutiennent.

Larbi Ben M’hidi a mené ”la bataille d’Algérie” (28 janvier -6 février 1957) et a lancé son appel pour que « la révolution descende dans la rue ». C’est lui qui est à l’origine de la grève des huit jours dans le but de faire entendre la voix de la révolution au monde entier et en conséquence parvenir à internationaliser la Cause alégérienne.

Il s’est fait capturer le 23 février 1957. Lors de son interrogatoire Il a répondu à l’investigateur qui lui a fait porter la responsabilité d’avoir posé des explosifs contre des civils en lui disant : «quelle est la différence entre faire exploser un café et bombarder cent villages au napalm ? » Ben m’hidi n’a pas été traduit en justice. L’armée française a diffusé la nouvelle qu’il s’était suicidé par pendaison. Mais la vérité s’est fait jour quatre décennies plus tard lorsque le général Paul Aussaresses, qui était officier aux services de renseignement à cette époque, est passé aux aveux disant qu’il s’était chargé de la pendaison du leader algérien au sous-sol d’une ferme appartenant à un colon français. Il est apparu, suite à l’aveu du ministre adjoint à la défense Max Lejeune, que la décision de la liquidation physique du leader algérien en captivité a été prise par François Mitterrand, ministre de la justice au gouvernement socialiste de Guy Mollet.

Djamila Bouhired (1935-)

Elle s’est engagée comme moudjahida (combattante) prête à mourir pour la liberté de l’Algérie. Durant « la bataille d’Alger » Djamila a exécuté avec ses camarades Zohra Dhrif, Hassiba Bouali et Djamila Bouaza plusieurs attentats à l’explosif à l’aéroport et aux commissariats, comme dans les bars et les cafés du quartier européen. Elle s’est caractérisée par son esprit d’initiative, sa compétence en planification et son courage exceptionnel. Sa maison familiale à la Casbah était l’une des cachettes de la Commande de la bataille – Larbi Ben M’hidi, Yacef Saadi, Ali la Pointe et d’autres- et sur le toit se trouvait l’usine des explosifs. La maison a été perquisitionnée, son petit frère et son oncle âgé furent torturés.

Djamila a été blessée par les balles des parachutistes alors qu’elle se trouvait avec un groupe de « moudjahidins » (combattants) qui changeaient de cachette. Elle avait sur elle des documents importants. Elle s’est fait arrêter et a subi des séances de torture cruelle. Elle se présente devant la cour lors de son procès vêtue d’une robe aux couleurs du drapeau algérien. La peine de mort prononcée à son encontre a été annulée sous la pression d’une campagne internationale.

Après l’indépendance, Djamila Bouhired a présidé « l’Union nationale des femmes Algérienes» mais a démissionné en protestation contre les obstacles dressés devant les revendications des femmes par les autorités de l’indépendance. Elle a continué à défendre les droits des anciens combattants et combattantes. Au mois de février 2019, Djamila Bouhrid était en première ligne des manifestations populaires qui revendiquaient le départ du président Bouteflika et la junte militaro-sécuritaire au pouvoir.

Abdalla Hafiz, le Dhofar, région Sud du Sultanat d’Oman.

Que nous enseignent les révolutions ?

Je ne le connais que sous ce nom. Je voudrais le retrouver ici comme le soldat inconnu de « la révolution aux pieds nus contre le sultan Saïd Ibn Taimour et ses protecteurs les britanniques. (1956-1975)

Abdallah Hafiz était notre accompagnateur durant ma visite aux bases des révolutionnaires dans la région ouest de Dhofar en 1970, en compagnie du journaliste britannique Fred Halliday et du diplomate yéménite Abdallah Al-Achtal. Il était calme, patient, peu loquace. Il a pris soin de nous avec gentillesse.

Je suis retourné au Dhofar en 2018 et j’ai rencontré Abdallah Hafiz à Salala.

Il se trouvait avec un groupe “des anciens de la montagne” qui se réunissent tous les après-midis dans un café populaire. Je lui ai fait part de ce que j’ai remarqué concernant le développement et la construction dans la région en comparaison avec ma première visite. «C’est grâce à nous » a- t-il dit, « et c’est ce que nous disons aux nôtres: Toutes ces réalisations, tous ces projets et toutes ces réformes réalisés par le Sultan ont eu lieu grâce à nous. Sans la révolution personne n’aurait pu accomplir pour vous rien de tout ça ».

Lors de cette visite, j’ai appris que les révolutions n’échouent ni ne se font vaincre dans l’absolu, les révolutions vaincues font changer le vainqueur et les révolutions ratées accomplissent beaucoup plus que ce qu’imaginent les révolutionnaires et ce que les déçus analysent, toute révolution vaincue construit la mémoire et la référence de la révolution à venir.

Abane Ramadan(1920-1958) “l’Architecte” de la révolution algérienne.

Il est le plus important des chefs du « Front de Libération National ( FLN) » dans sa phase de création. Il a joué avec Larbi Ben M’hidi le rôle principal au congrès de la Soummam en août 1956. Son souci principal était le rassemblement de toutes les forces nationales et populaires pour la libération. Le congrès a défini les objectifs de la révolution à savoir « la restauration de la personnalité algérienne » et l‘établissement d’« une république démocratique sociale » en insistant qu’il n’y aura pas de retour, dans l’Algérie indépendante, au féodalisme ni à l’instauration d’un Etat religieux ou monarchique. Le congrès a mis trois principes pour la révolution : la priorité de l’intérieur sur l’extérieur, la primauté du politique sur le militaire et le principe du commandement collectif. Ce congrès a doté le FLN d’une structure organisatrice et a fondé « l’Armée de libération nationale. »

Abane Ramadan a participé avec Larbi Ben M’hidi au lancement de « la bataille d’Alger ». Il se caractérise par son austérité dans sa vie personnelle, il est exigeant avec lui-même avant de l’être avec autrui, franc jusqu’à l’agressivité, et tranchant dans ses jugements. (Harbi, 128-129). Il fut évincé par les opposants au congrès de la Soummam et à leur tête Ahmad Ben Bella, et a été accusé d’être autocrate et d’avoir introduit la laïcité et la gauche dans les objectifs de la révolution aux dépens de l’arabisme et de l’Islam. Il fut attiré au Maroc où il fut liquidé par ses camarades au commandement du Front de Libération le 27 décembre1957.

Frantz Fanon a dit à propos de son ami Abane Ramadan qu’il était pour lui l’exemple révolutionnaire à suivre (Gendzier, 251,197)

Khaled Ahmad Zaki, l’Iraq (1935-1968) foyer armé dans la zone des marais (Alahwar) de l’Iraq

Il est né à Bagdad au sein d’une famille de la classe moyenne, son père était ingénieur hydraulicien. Il a étudié le génie à Londres où il a adhéré au parti communiste irakien. Il a été activiste dans l’organisation Bertrand Russel pour la paix. A son retour en Irak en 1967, il a rejoint une aile dissidente du parti communiste connue sous le nom du «Commandement central» qui préconisait l’adoption de la lutte armée pour changer le régime irakien.

Khaled Ahmad Zaki a rejoint avec un groupe de communistes la zone des marais (Alahwar) pour fonder un foyer révolutionnaire armé. Ils ont entrepris des opérations militaires durant quelques semaines contre les commissariats de police. Khaled a perdu la vie le 3 juin 1968 dans une bataille inégale contre des unités de l’armée irakienne.

Nasir Al-Said, l’Arabie Saoudite (1923-1979) le pétrole des arabes est aux arabes.

Il a commencé sa vie comme ouvrier dans la société Aramco à Dhahran où il a conduit des manifestations et organisé des grèves en faveur des droits ouvriers. En 1956 il a fait un discours au nom du Comité des ouvriers du pétrole lors de la visite du roi Fayçal à Dharan et lui a demandé de proclamer une constitution et une législation du droit à l’organisation syndicale et d’évacuer la base aérienne militaire de Dhahran. Le roi a donc donné l’ordre d’arrêter le Comité ouvrier.

Alors Nasir s’est enfui à Damas et a vécu jusqu’à la fin de ses jours errant entre les lieux d’exil. Il a fondé « l’Union du peuple de la péninsule Arabique » en 1959 qui invite à faire tomber le régime de la famille Al- Saoud permettant ainsi aux Arabes le contrôle de la richesse pétrolière.

Nasir Al-Said, a été enlevé le 17 décembre 1979 dans la rue Hamra à Beyrouth sans laisser de traces. Les soupçons qui entourent l’opération de l’enlèvement tournent autour d’Abou Al-Zaîm (Atallah Atallah), le responsable de la sécurité militaire dans le mouvement palestinien « Fateh » qui l’a remis à l’Ambassade saoudienne à Beyrouth contre une somme d’argent. Les histoires divergent sur la manière dont Nasir a été liquidé : à l’Ambassade à Beyrouth, à la manière de la liquidation physique du journaliste Jamal Khashoggi au Consulat saoudien à Ankara, ou bien on l’a assassiné après l’avoir transporté à Riyad.

Nawal Saadaoui (1931-) pionnière du nouveau féminisme arabe.

Médecin, militante féministe et opposante politique de gauche.

Elle a pointé du doigt la responsabilité du système capitaliste, de la structure patriarcale et des institutions religieuses en ce qui concerne l’oppression des femmes.

Elle a bravé les tabous sexuels surtout en lançant une campagne contre l’excision des femmes et les rituels liés à la virginité. Aussi a-t-elle dénoncé la polygamie et l’imposition du port du voile et elle a insisté pour considérer la sexualité comme une affaire personnelle et non pas religieuse ou sociale.

Elle a écrit sur la condition des femmes en prison, sur les prostitués et sur les enfants des rues. Elle a elle-même été incarcérée sous Hosni Moubarak en raison de ses opinions progressistes et gauchistes.

Ses écrits ont contribué à changer la vie d’un grand nombre de femmes en Egypte et dans tout le Monde arabe.

Ahmad Farès al-Chidiac, La Moutassarifat du Mont-Liban (1805-1887), la révolution dans la langue et la société.

Il est né au sein d’une famille chrétienne maronite dans le Mont-Liban qui a enduré l’injustice du féodalisme et subi l’oppression du clergé. Son père et ses frères ont été contraints de quitter leur maison pour avoir participé à l’insurrection populaire armée (1820-1821) contre l’Emir Bachir II, gouverneur du Mont- Liban. Son frère Assad a été emprisonné à vie dans les sous-sols de l’édifice patriarcal maronite dans le Nord du Liban pour s’être converti au protestantisme. Farès a choisi l’exil suite à l’arrestation de son frère. En Egypte il a étudié la langue arabe et la jurisprudence à Azhar. Il a travaillé dans le domaine de la traduction chez les missionnaires protestants à Malte et a rendu sa conversion à l’islam publique en Tunisie. Il a traduit la bible à Londres, et à Paris il a écrit son chef d’œuvre « La Jambe sur la Jambe » (1855). Il a passé le restant de sa vie à Istanbul où il a fondé le premier journal arabe.

Chidiac est partisan de la renaissance arabe (la Nahda) et il a contribué à l’affranchissement de la langue arabe et a introduit dans les écrits arabes l’art du roman, l’essai et l’enquête journalistique comme il a fait revivre la tradition de la littérature satirique et libertine. A l’opposé de tous les hommes de la « nahda», il a valorisé le travail, considérant que le savoir n’a pas de valeur sans le travail.

Il a défendu les libertés, la primauté du droit et la séparation de la religion de l’Etat en Grande Bretagne. Aussi a- t-il dénoncé la pauvreté des paysans dans la campagne britannique ainsi que la vie misérable des ouvriers à Londres. Il a ainsi conclu que l’Etat des ouvriers qui produisent la richesse du monde alors qu’ils en sont privés vaut mieux que l’Etat des riches désœuvrés. Chidiac est un pionnier du féminisme arabe, il a proclamé le droit de la femme au savoir, au travail, au choix de son mari, au plaisir sexuel et au divorce. Il a même appelé à affranchir la langue arabe de sa masculinité.

Mahmoud Mohamed Taha, le Soudan (1909-1985) une révolution dans l’interprétation de l’Islam

C’est un ingénieur, il est parmi les premiers militants pour l’évacuation du Soudan par les forces britanniques. il est le fondateur du « Parti Républicain), parmi ses objectifs la création d’une république fédérale démocratique et socialiste au régime présidentiel.

Mahmoud Mohamed Taha a une conception révolutionnaire courageuse de l’islam qui repose sur une vision humaniste soufie. Dans son ouvrage «le second message de l’islam » (1967) il fait la distinction dans le Message du prophète Mohammad entre « la forme originale, les fondements », c’est-à-dire les versets mecquois et « les subsidiaires », c’est- à-dire les législations et les interprétations provisoires dans les versets médinois. Il considère qu’il est absurde d’appliquer les législations du septième siècle dans la société du vingtième siècle. Il présente des arguments contre ceux qui croient à la perfection de la sharia en leur disant que la complétude de la sharia réside dans sa capacité à évoluer et à intégrer le renouveau et les énergies de la vie individuelle. Il appelle à faire appuyer la législation sur « les fondements » fondés sur l’égalité et la tolérance. Ce qui ne figure pas dans « les fondements » c’est l’esclavage, le jihad, la polygamie et l’imposition du port du voile. Taha invite également à abandonner l’idée de la tutelle et de la supériorité de l’homme par rapport aux femmes et à appliquer l’égalité entre l’homme et la femme.

En 1983, Mahmoud Mohamed Taha a conduit à la tête de son parti une campagne populaire contre l’imposition des lois de la Sharia édictées par Jaafar Al-Numairi. Il est arrêté puis condamné à mort, accusé d’apostasie. Il est exécuté le 18 janvier 1985.

Jarallah Omar, le Yemen(1941-2002) de la révolution armée à la démocratie.

Il est l’officier de police qui a défendu la République du Yémen dans le Nord. Il s’est cultivé en autodidacte en prison et a pris parti pour la gauche et le changement révolutionnaire. Il est parti après sa libération dans le Sud où il a participé à la direction du parti socialiste yéménite au pouvoir en République démocratique populaire du Yémen, comme il a pris part à l’organisation de l’opposition armée dans le Nord.

En janvier 1986 le parti socialiste yéménite s’est divisé dans une guerre intestine qui a coûté la vie à des milliers de civils. Jarallah a procédé à une révision radicale et a conclu que la catastrophe a fait perdre au parti la légitimité de l’exclusivité du pouvoir. Il a donc lancé l’appel à l’adoption de la pluralité politique et médiatique. La plupart de ses camarades se sont opposés à lui. Au lieu d’œuvrer à une transformation démocratique, les dirigeants de la République du Yémen Démocratique Populaire se sont précipités à instaurer une union hâtive entre les deux parties du Yémen, ce qui a vite engendré une guerre entre ces deux parties en 1994. Jarallah s’est opposé seul à l’annonce de la séparation du Sud et à la guerre en même temps. Il a été évincé des commandes de son parti et la menace contre sa vie représentée par ses camarades s’est accrue, alors il est parti en exil.

Après la défaite des séparatistes du Sud, Jarrallah est retourné à Sanaa où il a joué le rôle principal dans la reconstitution du Parti Socialiste ainsi que dans la lutte pacifique démocratique. Il fut l’un des principaux initiateurs de la création de « la rencontre commune » des forces de l’opposition qui a réuni pour la première fois les socialistes et les nassériens d’une part et le rassemblement yéménite pour la réforme, parti islamique, d’autre part. La nouvelle alliance a présenté un danger véritable pour le maintien du président Abdallah Ali Saleh au pouvoir.

Le 28 décembre 2002 Jarrallah prononçait un discours devant le congrès du Rassemblement yéménite pour la réforme invitant les forces de l’opposition religieuse et laïque à travailler ensemble pour lutter contre la pauvreté, la corruption, l’analphabétisme, la marginalisation des femmes et la dénaturation de la démocratie. Un agent du pouvoir s’est approché de lui et lui a tiré dessus sur la poitrine comme s‘il tirait sur tous ces objectifs.

Le Cheikh Izz al-Din al-Qassam, la Palestine (1886-1935) l’initiateur de la révolution de 1936.

Il est né d’un père qui était le cheikh de la mosquée Al-Hadadin à Jablé, dans le district de Lattaquié sur la côte syrienne. Il a résisté contre le mandat français et s’est réfugié à Haifa en 1920 où il a organisé des cercles de combattants constitués d’ouvriers et de vendeurs itinérants, majoritairement des paysans chassés de leurs terres en raison de la vente des terres à la colonisation juive. Il entreprend la lutte armée contre l’armée britannique dans les montagnes de Jenin à l’automne 1935. Sa mort sur le champ de bataille le 20 novembre 1936 a constitué l’étincelle qui a donné la chiquenaude initiale à la grande révolution palestinienne (1936-1939), la plus grande des révolutions de libération nationale avant la seconde guerre mondiale.

Zaher Ali Matar Almiahi- Ahmad Ali, Sultanat d’Oman (1941-1974)

Il est né dans une famille d’agriculteurs et a commencé sa vie comme employé à l’aéroport de Dhahran avant de rejoindre la révolution de l’Imam Ghaleb dans le Jabal Al- Akhdar (la montagne verte) (1957-1959). Il part pour Bagdad muni d’une bourse d’études où il rejoint le mouvement des Nationalistes arabes et participe à la révolution du Dhofar dès ses débuts en 1965. Il était dans la mouvance gauchiste qui est à l’origine du « Front Populaire de Libération du Golfe arabe occupé ». Ahmad Ali a consacré sa vie courte à un rêve : la libération d’Oman et du Golfe du colonialisme Britannique et le reversement des régimes des sultans et des cheikhs pour permettre aux habitants de tirer profit de leurs richesses pétrolières et les mettre au service de la croissance et du bien-être général.

Ahmad Ali a perdu la vie dans un accrochage avec une unité de l’armée du Sultanat le 29 octobre 1974, alors qu’un groupe de militants transportaient des armes pour construire une base révolutionnaire dans le Jabal Al-Akhdar. Sa femme était enceinte de sa fille qu’il ne connaîtra jamais.

Gamal Abdel Nasser (1918-1970) la révolution d’en haut.

La proclamation de la république sur les débris du régime monarchique, l’évacuation des troupes britanniques du territoire égyptien, la transaction d’armes tchèques, la nationalisation du canal de Suez, la liquidation du féodalisme et la promulgation de la loi de la réforme agraire, la construction du Haut Barrage, l’industrialisation, la participation des ouvriers à la direction des institutions du secteur public, le soutien à la révolution algérienne, l’union de la Syrie et de l’Egypte, l’intervention de l’armée égyptienne pour soutenir la République au Yémen, l’adhésion de l’Egypte aux pays non-alignés , l’adoption du « socialisme scientifique » la constitution du parti d’avant gaurde pour la représentation de l’union des forces du peuple travailleur, la déclaration de guerre contre la bureaucratie, etc…

Est-ce une révolution d’en haut ?

Peut-être. De toute façon elle a initié un projet de libération nationale et de justice sociale qui a libéré les énergies de millions d’Arabes. La révolution nassérienne a dû faire face à deux guerres qui cherchaient à la faire avorter. La première a échoué durant l’agression tripartite (britannique-française-israélienne) sur le canal du Suez en 1956 et la seconde a réussi lors de l’agression israélienne soutenue par les Etats-Unis en juin 1967. Abdel Nasser a assumé sa responsabilité de la défaite et a présenté sa démission sur laquelle Il revient sous la grande pression populaire égyptienne et arabe pour annoncer la fin de la révolution. Il s’est éteint en septembre 1970 alors qu’il jouait le rôle d’intermédiaire pour l’arrêt des combats entre les Fedayins palestiniens et le roi Hussein en Jordanie.

Le duo Ahmad Fouad Najm (1929-2013)- Cheikh Imam Issa (1918-1995): Demain verra arriver ce qui arrivera

Au milieu des protestations enflammées contre la défaite de juin 1967, s’est formé le duo de la chanson engagée en Egypte, réunissant un ouvrier de gauche qui compose de la poésie populaire et un récitateur de Coran aveugle. Ils ont connu la prison sous le régime de Jamal Abdel Nasser et Anouar Al- Sadate, et sont devenus célèbres depuis les émeutes du pain en 1977.

Najm disait : « le Cheikh Imam est ma voix et moi je suis ses yeux ». Cette voix voyante a condamné les dirigeants et a pleuré la mort de Che Guevara. Elle a raillé Nixon comme elle s’est moquée du « chien de la Sitt » Oum Kalthoum. Cette voix a chanté la terre de Palestine, les révolutionnaires d’Algérie, les costauds de Beyrouth et la guerre d’octobre1973. Elle a également exalté la dignité du travail autant qu’elle a condamné l’injustice sociale. Elle a prédit la venue du temps « des ouvriers des paysans et des étudiants ». Elle a surtout chanté l’amour de l’Egypte fertile, séduisante et belle.

L’art du duo Imam-Najm a constitué la plus belle expression contemporaine du génie de la culture populaire en Egypte. Imam et Najm ont affranchi la chanson populaire du recours au passéisme, du Zajal prosaïque et des gémissements et ont permis une ouverture à la liberté, à la joie et à l’espoir en l’avenir comme l’exprime cette antienne « chaque fois que je demande/ répétez apres moi / demain verra arriver ce qui arrivera »….

Au rythme des chansons de Najm-Imam des millions de jeunes arabes se sont révoltés dans les rues et sur les places durant le printemps des peuples arabes en 2011. Ils continuent toujours à se révolter.

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Bibliographie

-عبد الأمير الركابي، «من تجربة الكفاح المسلّح في جنوب العراق ١٩٦٨: “رجال الاهوار الحقيقيون”»، بدايات، العدد ٧، شتاء ٢٠١٤.

Ben Barka, Mehdi, Ecrits Politiques, 1957-1965, Paris, 1999.

Florence Beaugé, Une Guerre Sans Gloire, Alger، 2017.

Chidyaq, Fares, La Jambe sur la Jambe, Paris, 1991.

Zohra Drif, Mémoire d’une combattante de l’ALN, zone autonome d’Alger, Alger, 2e edition, 2014.

Irene Gendzier, Fanon, A Critical Study, New York, 1973.

Mohammad Harbi, Le FLN, mirage et réalité, Paris, 1980.

Lacouture, Jean, Nasser, Parsi, 1971.

Laurens, Henry, La question de la palestine, tome 2, 1922-1947, Paris, 2002.

مضاوي الرشيد، فيلم وثائقي عن المناضل الحائلي ناصر السعيد،-

www.youtube.com/watch?v=5l_hTE-kHdE

Saadawi, Nawal, La Femme et le Sexe, Paris, 2017.

Stora, Benjamin, Une mémoire algérienne, Paris, 2020.

Takriti, Abdel Razzaq, Monsoon Revolution, Republicans, Sultans, and Empires in Oman, 1965-1976, Oxford, 2016.

Anna Wuerth, Lisa Wedeen, Sheila Carapico, “The Death and Life of Jarallah Omar”, MERIP Report online,December 31, 2002.

Themes
History Politics
Countries
Arab World
Author
Fawwaz Traboulsi
Keywords
Ahmad Faris al-Shidyaq Political Biography Arab Left Intellectual History National Liberation Arab World Arab Nationalism Resistance Revolution Translation

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