{"id":144,"date":"1990-10-05T22:26:06","date_gmt":"1990-10-05T19:26:06","guid":{"rendered":"http:\/\/fawwaztraboulsi.com\/?p=144"},"modified":"2026-03-25T16:19:32","modified_gmt":"2026-03-25T14:19:32","slug":"les-transformations-des-structures-tribales-depuis-lindependance-du-yemen-du-sud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/les-transformations-des-structures-tribales-depuis-lindependance-du-yemen-du-sud\/","title":{"rendered":"Les transformations des structures tribales depuis l&#8217;ind\u00e9pendance du Y\u00e9men du Sud"},"content":{"rendered":"<p><strong>Les transformations des structures tribales depuis l&#8217;ind\u00e9pendance du Y\u00e9men du Sud<\/strong><\/p>\n<p>Fawwaz Traboulsi<\/p>\n<p>(GREMAMO)<\/p>\n<p>Journ\u00e9es d&#8217;\u00e9tudes ARABIE DU SUD-LE COMMERCE COMME FACTEUR DYNAMISANT DES CHANGEMENTS ECONOMIQUES ET SOCIAUX<\/p>\n<p>5 et 6 octobre 1990<\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Sous l&#8217;impact des \u00e9v\u00e8nements sanglants et destructeurs de Janvier 1986, qui menac\u00e8rent le pays d&#8217;une guerre civile et caus\u00e8rent des pertes humaines et mat\u00e9rielles \u00e9normes, de m\u00eame que sous l&#8217;influence de la p\u00e9restro\u00efka sovi\u00e9tique, le Parti Socialiste Y\u00e9m\u00e9nite entreprit une s\u00e9rie d&#8217;\u00e9valuations critiques de son exp\u00e9rience au pouvoir (1967-90), la premi\u00e8re exp\u00e9rience marxiste dans le monde arabe. La priorit\u00e9 fut donn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9mocratisation de la soci\u00e9t\u00e9 et l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;un \u00e9tat de droit. Dans le domaine \u00e9conomique et social, le &#8220;d\u00e9veloppement \u00e9conomique&#8221; (terme jadis consid\u00e9r\u00e9 comme relevant de la pure &#8220;d\u00e9viation de droite&#8221;) et &#8220;l&#8217;accumulation primitive&#8221; (du capital social) se substituent \u00e0 la ligne directive pr\u00e9c\u00e9dante- &#8220;l&#8217;accomplissement des t\u00e2ches de la r\u00e9volution nationale-d\u00e9mocratique et la transition vers le socialisme&#8221;.<\/p>\n<p>Cette auto-critique- jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, la plus courageuse entreprise par un parti de gauche dans le monde arabe- d\u00e9boucha sur un projet global de r\u00e9formes \u00e9conomiques, politiques et sociales (r\u00e9formes d\u00e9mocratiques du parti lui-m\u00eame, pluralisme des partis politiques et de la presse, \u00e9largissement du secteur priv\u00e9, retour d&#8217;Aden \u00e0 son statut ant\u00e9rieur de &#8220;zone libre&#8221; et une lib\u00e9ralisation de la r\u00e9forme agraire et des investissements priv\u00e9s, etc.) (1)<\/p>\n<p>Plus important, cette nouvelle politique, stimul\u00e9e par de d\u00e9fis graves sur le plan r\u00e9gional et international et encourag\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une exploitation commune des ressources p\u00e9troli\u00e8re entre le Sud et le Nord, aboutira \u00e0 un \u00e9v\u00e8nement historique: l&#8217;unit\u00e9 y\u00e9m\u00e9nite, proclam\u00e9e en mai dernier.<\/p>\n<p>Le Y\u00e9men unifi\u00e9 constitue la r\u00e9alisation d&#8217;une aspiration populaire profonde et ancienne. Dans le contexte r\u00e9gional et international dans lequel elle a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e, elle r\u00e9pondait \u00e0 de n\u00e9cessit\u00e9s imp\u00e9ratives: elle constitue la seule chance pour pr\u00e9server l&#8217;ind\u00e9pendance et l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 du pays, vis \u00e0 vis de voisins riches et dominateurs, et le cadre n\u00e9cessaire pour contr\u00f4ler les ressources et richesses du Y\u00e9men et les utiliser pour un d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social et culturel int\u00e9gral et efficace.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie n&#8217;en souffrira pas. Les forces anti-d\u00e9mocratiques (les int\u00e9gristes et les grands chefs de tribus li\u00e9s \u00e0 l&#8217;Arabie S\u00e9oudite) \u00e9taient presque seules \u00e0 s&#8217;opposer \u00e0 l&#8217;unit\u00e9. La d\u00e9mocratie aura de bonnes chances de progresser. Il y a maintenant deux ex-partis &#8220;uniques&#8221; qui g\u00e8rent le pays, mais qui pourraient transformer l&#8217;unit\u00e9 en une synth\u00e8se d&#8217;\u00e9l\u00e9ments positifs des deux exp\u00e9riences, tant sur le plan \u00e9conomique que politique, culturel et social, dans un climat de pluralisme et de souci de la participation populaire et de la justice sociale. Beaucoup de choses d\u00e9penderont de l&#8217;imagination et de l&#8217;initiative des forces de d\u00e9mocratie et de progr\u00e8s, au pouvoir et en dehors du pouvoir, mais aussi de la fa\u00e7on dont va se denouer la pr\u00e9sente crise r\u00e9gionale.<\/p>\n<p>Il est \u00e9videmment hors de mon propos de commenter ici le bilan de l&#8217;exp\u00e9rience &#8216;socialiste&#8217; de la RDPY. Je me contenterai de quelques observations qui touchent directement \u00e0 mon th\u00e8me:<\/p>\n<p>L&#8217;exp\u00e9rience du sud-Y\u00e9men, apr\u00e8s l&#8217;arriv\u00e9e de la gauche au pouvoir en 1969, a \u00e9t\u00e9 infest\u00e9e par un volontarisme envahissant. Le discours officiel ne parle que de &#8220;l&#8217;accomplissement des t\u00e2ches de la r\u00e9volution nationale d\u00e9mocratique et la transition vers le socialisme&#8221; tandis que l&#8217;extr\u00e8me pauvret\u00e9 du pays, les s\u00e9quelles du colonialisme, les difficult\u00e9s \u00e9conomiques de l&#8217;apr\u00e8s 1967, son isolement, les guerres d&#8217;intervention et de sabotage lanc\u00e9es contre lui, et ses faibles ressources- lui impos\u00e8rent l&#8217;accomplissement de t\u00e2ches des plus \u00e9l\u00e9mentaires comme la d\u00e9fense de son territoire, contest\u00e9 ouvertement par l&#8217;Arabie S\u00e9oudite; la construction d&#8217;une infrastructure \u00e9conomique, presque \u00e0 partir de z\u00e9ro; l&#8217;unification d&#8217;un espace qui n&#8217;a jamais exist\u00e9, en tant que tel, comme entit\u00e9 ind\u00e9pendante dans l&#8217;histoire, et cela \u00e0 partir de 24 entit\u00e9s et d&#8217;une structure sociale extr\u00eamement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne; en plus de doter le pays d&#8217;une autorit\u00e9 centrale et de diverses institutions de la vie publique; et achever au moins le &#8220;take-off&#8221; dans le domaine du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, etc.<\/p>\n<p>Au contraire de cela, l&#8217;on parlera longtemps de socialiser les relations de production, quand il s&#8217;agissait de d\u00e9velopper les forces de production, pour ne pas dire d\u00e9velopper la production tout court, dans un pays o\u00f9 la production (agricole et industrielle) ne contribue que de 20% du revenu national. Bref, l&#8217;on parlera longtemps de distribution des richesses sans poser le probl\u00e8me de la production de ces richesses.<\/p>\n<p>Un des effets les plus pronon\u00e7\u00e9s de ce volontarisme a \u00e9t\u00e9 un divorce grandissant entre discours et pratique. On ne disait pas ce qu&#8217;on faisait vraiement et ne r\u00e9uississait pas \u00e0 faire ce qu&#8217;on disait ou promettait. Les questions qui menaient la vraie politique et les relations ext\u00e9rieures relevaient de cela: comment survivre dans une r\u00e9gion hostile qui s&#8217;\u00e9touffe dans le luxe de son &#8220;boom&#8221; p\u00e9trolier? comment pr\u00e9server l&#8217;unit\u00e9 du pays ? quelles relations \u00e9tablir avec un Nord r\u00e9gi par de choix socio-\u00e9conomiques, et par cons\u00e9quent politiques, diff\u00e9rents, voire contradictoires, mais qui est, en m\u00eame temps, le compl\u00e9ment de soi, dans une optique qui se veut toujours unitaire? o\u00f9 et comment trouver l&#8217;aide et les pr\u00eats pour financer de plans triennaux et quinquennaux d\u00e9pendants \u00e0 50% et m\u00eame de 75% de financements ext\u00e9rieurs?<\/p>\n<p>S&#8217;ajouta \u00e0 tout cela ce que j&#8217;appelle &#8220;la pudeur des tribus et des r\u00e9gions&#8221;, pour reprendre un terme que Ahmad Beydoun utilise pour les confessions libanaises. V\u00e9cue comme une honte, selon de vagues crit\u00e8res de modernisme ou de &#8220;classisme&#8221; \u00e0 l&#8217;Occidentale, les divisions tribales, la disparit\u00e9 entre les r\u00e9gions, leur d\u00e9veloppement in\u00e9gal, leurs positions diff\u00e9rentes dans l&#8217;\u00e9conomie du pays et leurs relations in\u00e9gales et changeantes avec le pouvoir central, furent pass\u00e9s facilement sous silence. N&#8217;emp\u00eache que tout ces effets de la structure sociale vont continuer \u00e0 r\u00e9gir tant de politiques et de conflits, clandestinement- dirais-je, dans une situation o\u00f9 les acteurs, semi-conscients ou complaisants, ne controllaient gu\u00e8res les processus ni les r\u00e9sultats de leurs actes. Il s&#8217;ensuit un effet capital sur le plan de la prise de conscience et de la connaissance o\u00f9 un discours &#8220;classiste&#8221; des plus sch\u00e9matiques et primaires occultait la r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;une formation sociale \u00e9parpill\u00e9e et complexe, en pleine mutation.<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de noter que ce discours, qui donnait la priorit\u00e9 \u00e0 inculquer les principes du marxisme-l\u00e9ninisme selon les manuels sovi\u00e9tiques r\u00e9sulta en une absence presque totale de toute \u00e9tude sociologique de la structure sociale et de ses transformations, tant dans la litt\u00e9rature du Parti que dans les travaux acad\u00e9miques. D&#8217;o\u00f9 la difficult\u00e9 extr\u00eame de toute \u00e9tude s\u00e9rieuse sur ce sujet. Il ne nous reste qu&#8217;\u00e0 s&#8217;\u00e9merveiller du paradoxe d&#8217;un marxisme qui ne contribue en rien \u00e0 l&#8217;\u00e9tude de son propre &#8220;objet&#8221;- comme dirait Althusser- la formation sociale du pays concern\u00e9!<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements tragiques du 13 Janvier 1986, certain observateurs et chercheurs se pr\u00e9cipit\u00e8rent \u00e0 r\u00e9duire toute l&#8217;exp\u00e9rience sud-y\u00e9m\u00e9nite \u00e0 de luttes fracticides de &#8220;tribus marxistes&#8221; pour le pouvoir, l\u00e0 o\u00f9 on ne voyait auparavant que des classes, selon le sch\u00e9ma d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 industrielle d\u00e9velopp\u00e9e. D&#8217;autre part, tout en reconnaissant la part du tribal et du r\u00e9gional, d&#8217;autres allaient insister sur son &#8220;r\u00f4le secondaire&#8221;, sans pour autant d\u00e9finir se r\u00f4le, l&#8217;articuler ou en d\u00e9voiler son fonctionnement et son efficacit\u00e9. Finallement, on s&#8217;obstina \u00e0 rel\u00e9guer le facteur tribal-r\u00e9gional au rang de la &#8220;superstructure&#8221; et du politique, ne serait-ce que pour proclamer la &#8220;base \u00e9conomique&#8221; et les relations de production immune contre ce fl\u00e9au.<\/p>\n<p>Qu&#8217;en est-il vraiment des effets tribaux et r\u00e9gionaux dans ces luttes? Quel relation existe-t-il entre le mode de d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique &#8220;r\u00e9el&#8221; et la re-production ou non des formes d&#8217;identification et de solidarit\u00e9s communautaires? Quelles transformations l&#8217;exp\u00e9rience sud-y\u00e9m\u00e9nite op\u00e9ra-t-elle dans la structure des tribus et des r\u00e9gions et quelle est la part de d\u00e9passement de ces structures qu&#8217;elle a r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9aliser?<\/p>\n<p>Autant de questions auxquelles ne correspond que tr\u00e8s peu de donn\u00e9es r\u00e9elles. Sans pr\u00e9tendre y r\u00e9pondre- le fait m\u00eame de les poser constitue un pas en avant dans la recherche,- nous essaierons de nous aventurer dans quelques rappels et quelques hypoth\u00e8ses de travail.<\/p>\n<p><strong>I. La structure sociale avant l&#8217;ind\u00e9pendance<\/strong><\/p>\n<p>Les &#8220;accords \u00e9ternels d&#8217;amiti\u00e9 et de protection&#8221; entre les Anglais et les sultans, sheikhs et \u00e9mirs du sud-y\u00e9men, pass\u00e9s depuis l&#8217;occupation d&#8217;Aden en 19 janvier 1839 ( le dernier datant de 1954 conclu avec le sheikh d&#8217;une petite tribu de B\u00fbs\u00ee dans le Haut Y\u00e2fi`), furent la base l\u00e9gale pour la domination anglaise sur une colonie, Aden, administr\u00e9e directement par un Haut Commissaire anglais et sur 23 mini-\u00e9tats, r\u00e9unis en deux &#8220;protectorats&#8221; dont les chefs \u00e9taient \u00e0 la solde du gouvernement britannique et sous la coupe du &#8220;resident advisor&#8221; et des officiers de Sa Majest\u00e9. La fonction des protectorats \u00e9tait double: isoler le Sud Y\u00e9m\u00e9nite du Nord et jouer le r\u00f4le de zone-tampon pour assurer la domination coloniale sur Aden.<\/p>\n<p>En 1962, sous l&#8217;impact de la proclamation de la R\u00e9publique au Nord Y\u00e9men et de la mont\u00e9e du mouvement de lib\u00e9ration arabe, la Grande Bretagne tenta de regrouper une grande partie de ces mini-\u00e9tats dans la F\u00e9d\u00e9ration d&#8217;Arabie du Sud (FAS) \u00e0 laquelle on esp\u00e9rait fusionner Aden et pr\u00e9parer le tout pour un ordre n\u00e9o-colonial sous l&#8217;autorit\u00e9 de la bourgeoisie Adenite et des chefs locaux qui guarantisseraient aux anglais l&#8217;usage ult\u00e9rieur du port et des bases militaires.<\/p>\n<p>Pour cela, les effectifs de l&#8217;arm\u00e9e et la garde f\u00e9d\u00e9rales furent accrus pour atteindre, \u00e0 la veille de l&#8217;ind\u00e9pendance, plus de 17 milles hommes, avec un budget de 55% du budget f\u00e9d\u00e9ral total. Bas\u00e9e sur la participation de 16 tribus, cette arm\u00e9e \u00e9tait n\u00e9anmoins domin\u00e9e par les `awlaq\u00ees et les dath\u00een\u00ees dans les rangs comme dans les grades. Les &#8216;awlaq\u00ees constituaient \u00e0 eux seuls plus de 40% du corps des officiers et des sous-officiers.<\/p>\n<p>A part le r\u00f4le strat\u00e9gique et logistique et militaire d&#8217;Aden, et le secteur de culture du cotton, d\u00e9velopp\u00e9 durant et apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale dans le Lahj et la delta d&#8217;Abyan, les anglais laiss\u00e8rent le reste du Y\u00e9men du Sud dans l&#8217;immobilisme et la pauvret\u00e9. En 1966, par example, le pays qui comptait un million et demi d&#8217;habitants dont 250 000 vivaient \u00e0 Aden et ses banlieues (Sheikh Othman, Mansoura, et al-Burayqa (Little Aden) \u00e9tait dot\u00e9 de 200 kilom\u00e8tres de routes carossables, 200 \u00e9coles primaires et deux \u00e9coles secondaires, et de 817 lits d&#8217;hopitals pour une population \u00e0 90% analphab\u00e8te.(2)<\/p>\n<p>Dans les protectorats, le pouvoir colonial s&#8217;appuyait totalement sur le syst\u00e8me tribal et se contentait de g\u00e9rer les conflits tribaux pour renforcer son autorit\u00e9 et celles de ses agents locaux. Ainsi jouait-il le r\u00f4le de &#8220;pacificateur&#8221;, en imposant des sanctions et punissions collectives contre les tribus en conflit, en d\u00e9truisant les habitations, tuant les troupeaux et d\u00e9truisant les r\u00e9coltes. C&#8217;\u00e9tait la fameuse politique de &#8220;supervision a\u00e9rienne&#8221;. Les tribus n&#8217;\u00e9taient pas uniquement en conflit entre elles, elles alternaient dans leurs opposition aux britanniques. La p\u00e9riode de l&#8217;apr\u00e8s-guerre connut plusieurs r\u00e9bellions tribales contre le pouvoir colonial lui-m\u00eame, et ses agents locaux, le plus souvent encourag\u00e9s par l&#8217;Imam du Nord qui n&#8217;avait jamais admis la pr\u00e9sence britannique au Sud.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9conomique, un secteur tertiaire produisait presque 80% du produit national. A la veille de l&#8217;ind\u00e9pendance, 75% des habitants vivaient de l&#8217;agriculture, l&#8217;\u00e9levage et la p\u00eache dans une \u00e9conomie de subsistance qui encourageait \u00e0 l&#8217;\u00e9migration. 1 % seulement de la superficie du pays \u00e9tait cultivable, 200-300 mille feddans, dont la moiti\u00e9 \u00e9tait effectivement cultiv\u00e9e. Le secteur agricole produisait 10,8 % du revenu national. Et le gros de l&#8217;industrie consistait en la production de la raffinerie d&#8217;Aden, la quatri\u00e8me au monde.<\/p>\n<p>Un quart, au moins, des terres cultiv\u00e9es \u00e9taient entre les mains de grands propri\u00e9taires, dont une bonne partie \u00e9tait constitu\u00e9e de chefs tribaux, qui avaient abus\u00e9 de leur autorit\u00e9 pour accaparer des terres, et de quelques familles de s\u00e2dah (3)<\/p>\n<p>Le fermage \u00e9tait la forme pr\u00e9dominante des relations agricoles. La rente dominait dans les terres cultiv\u00e9es en cotton. Les hauts plateaux de Y\u00e2fi` connaissent la petite propri\u00e9t\u00e9 paysanne et la Maharah, la propri\u00e9t\u00e9 communale. Entre ces deux extr\u00eames, existait toute une gamme de formes de propri\u00e9t\u00e9 complexes, de plus en plus opaques \u00e0 cause de l&#8217;absence d&#8217;\u00e9tudes s\u00e9rieuses et de conflits interminables entre familles et tribus. A cela, il faut ajouter les probl\u00e8mes des paysans avec les commer\u00e7ants et usuriers des centres urbains.<\/p>\n<p>L&#8217;int\u00e9rieur du pays \u00e9tait en grande partie r\u00e9gi par les structures tribales. Les tribus du Sud Y\u00e9m\u00e9nite, \u00e9taient, g\u00e9n\u00e9ralement, plus petites et plus \u00e9parpill\u00e9s que celles du Nord. Pour le Hadramaut seul, on \u00e9nnum\u00e8re 1400 tribus. Mais cette r\u00e9gion conna\u00eet aussi de grandes conf\u00e9d\u00e9rations tribales, tel les Al-Chan\u00e2fir. On estime \u00e0 10% la partie de la population compos\u00e9e de tribus nomades, vivant de l&#8217;\u00e9levage ou du tribut pr\u00e8lev\u00e9 sur les caravanes et les routes. Mais le syst\u00e8me tribal r\u00e9gissait aussi les s\u00e9dentaires et les communaut\u00e9s paysannes.<\/p>\n<p>La strucure sociale \u00e9tait hi\u00e9rarchis\u00e9e par un syt\u00e8me d&#8217;ordres. Le terme couvre -selon la d\u00e9finition de Maurice Godelier (4)- une hi\u00e9rarchisation qui fonde des relations de domination et d&#8217;exploitation, entre des groupes sociaux dont les membres se voyaient r\u00e9server ou interdire certaines activit\u00e9s mat\u00e9rielles ou non-mat\u00e9rielles selon leurs appartenance ou non, par la naissance, \u00e0 une communaut\u00e9 locale qui combinait ville et compagne, activit\u00e9s agricoles et activit\u00e9s urbaines. Ces ordres supposent des in\u00e9galit\u00e9s d&#8217;ordre divin ou naturel, avec ce qui impliquait de discriminations politiques et juridiques. Par example, l&#8217;\u00e9change des femmes se pratiquait exclusivement du haut vers le bas dans cette hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p>Ayant dit cela, on peut au moins dresser une liste approximative de ces \u00e9l\u00e9ments:<\/p>\n<ol>\n<li>Les S\u00e2dah, descendants du proph\u00e8te, tels les al-K\u00e2f, Al-Jafr\u00ee, al-Sakk\u00e2f, al-`Att\u00e2s, etc. pour ne parler des familles les plus connues dans le Hadramaut. Ils commandaient une influence certaine de par leur statut religieux et jouaient un r\u00f4le de m\u00e9diateurs dans les conflits entre les tribus elles m\u00eames; entre les tribus et les citadins; entre les tribus et les gouverneurs locaux et finalement entre les gouverneurs locaux eux-m\u00eames. Certains parmi eux purent utiliser cette influence politico-juridique pour devenir des propri\u00e9taires terriens.<\/li>\n<li>Les ulemah: moins influents que les s\u00e2dah, de par l&#8217;influence relativement faible de la religion, notament dans la campagne et le d\u00e9sert, mais qui se sp\u00e9cialisaient dans la fonction intellectuelle dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/li>\n<li>les divisions el l&#8217;hi\u00e9rarchisation dans la &#8216;soci\u00e9t\u00e9 tribale&#8217; elle-m\u00eame entre les tribus aristocratiques et gu\u00e9rri\u00e8res, les tribus d\u00e9class\u00e9es (les mustad`af\u00een) et les couches non-tribales ou ayant perdu leur statut tribal (marchands, artisans, ouvriers, tisserands, etc.);<\/li>\n<li>les rangs subalternes associ\u00e9s au service et aux &#8216;m\u00e9tiers vils&#8217;: les suby\u00e2n (au Hadramaut en particulier): ouvriers commis ou journaliers;<\/li>\n<li>les akhd\u00e2m (d&#8217;origine abysinienne): \u00e9taient les \u00e9boueurs, travailleurs domestiques, musiciens et danseurs; les ahj\u00fbr (de descendance africaine, probablement d&#8217;origine esclave) qui se sp\u00e9cialisaient dans les travaux manuels et m\u00e9nials, p\u00eache, travail agricole, notamment dans la r\u00e9gion de Abyan.<\/li>\n<li>les esclaves proprement dits.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Qu&#8217;en est-il du sort de cette structure durant la lutte arm\u00e9e anti-coloniale et apr\u00e8s l&#8217;ind\u00e9pendance?<\/p>\n<p><strong>II. Les transformations par la lutte arm\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Deux points forts caract\u00e9risaient le Front National de Lib\u00e9ration du Sud-Y\u00e9men (FNL), et le distinguent de son rival, le FLOSY, tout en le rapprochant des deux partenaires avec lesquels il fondera le Parti Socialiste Y\u00e9m\u00e9nite: l&#8217;Union D\u00e9mocratique du Peuple (UDP, l&#8217;organisation marxiste locale) et le Parti de l&#8217;Avant Garde Populaire, (PAGP, la gauche du Parti Baath au pouvoir en Syrie et en Iraq). Le premier \u00e9tait le recours \u00e0 la lutte arm\u00e9e pour imposer le retrait inconditionnel des britanniques et l&#8217;ind\u00e9pendance int\u00e9grale. Le deuxi\u00e8me, le refus d&#8217;accorder aucune l\u00e9gitimit\u00e9 aux sultans, sheikhs et \u00e9mirs, pr\u00f4nant l&#8217;abolition du pouvoir &#8220;sultanique, semi-f\u00e9odal et cl\u00e9rical&#8221; (ce dernier, d\u00e9sign\u00e9 par le terme al-kahn\u00fbt\u00ee, se r\u00e9f\u00e9re surtout aux s\u00e2dah).<\/p>\n<p>Pour cela, le FNL tenait un atout de taille: sa forte implantation dans les campagnes sur tout le territoire du Sud Y\u00e9men, sans oublier son succ\u00e8s \u00e0 arracher \u00e0 son rival, le FLOSY, le contr\u00f4le de la majorit\u00e9 des syndicats d&#8217;Aden.<\/p>\n<p>La composition de la direction du FNL \u00e0 la veille de l&#8217;ind\u00e9pendance refl\u00eate bien cette repr\u00e9sentation \u00e9tendue. Dans la Direction G\u00e9n\u00e9rale issue du 2\u00e8me congr\u00e8s du FNL (Juin 1967) ont trouvait 2 membres originaires d&#8217;Aden, 2 nordistes d&#8217;Aden, 2 de D\u00e2li` (le Haut Lahj), 2 de Sabb\u00eehah (le Lahj limitrophe d&#8217;Aden), 2 du Hadramaut, 2 de Abyan, 1 de Dath\u00eenah, 1 du `Awdhal\u00ee (un leader syndical \u00e0 Aden). Le seul membre `Awlaq\u00ee si\u00e8ge lui aussi en sa qualit\u00e9 de syndicaliste \u00e0 Aden. Il s&#8217;agit de Mohammad S\u00e2lih `Awlaq\u00ee, futur membre du conseil presidentiel et ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res. D&#8217;ailleurs, pendant la lutte arm\u00e9e, l&#8217;Etat du \u2018Awlaq\u00ee fut sous le contr\u00f4le des combattants du FLOSY et sera le dernier \u00e0 tomber dans les mains du FNL, juste \u00e0 la veille de l&#8217;ind\u00e9pendance. Il sera, en 1969, le the\u00e2tre de deux soul\u00e8vements arm\u00e9s contre le pouvoir du FNL, dirig\u00e9s par les anciens officiers d\u00e9chus de l&#8217;Arm\u00e9e F\u00e9d\u00e9rale.<\/p>\n<p>Qui \u00e9taient les forces sociales qui souffraient du colonialisme britannique et du pouvoir &#8220;sultanique-semi-f\u00e9odal et cl\u00e9rical&#8221; au point de mettre en question l&#8217;ordre tribal lui-m\u00eame?<\/p>\n<p>Il est assez difficile de donner une r\u00e9ponse claire \u00e0 cette question. Mais pour pousser la r\u00e9flexion au del\u00e0 de la formule, trop courante et qui n&#8217;explique absolument rien, sur l&#8217;appartenance &#8220;petite bourgeoise&#8221;, je dirais que le FNL (ainsi que ses deux autres partenaires du PSY) ralliaient une alliance populaire assez large:<\/p>\n<ul>\n<li>ouvriers et employ\u00e9s d&#8217;Aden ou immigr\u00e9s au Golfe, la plupart du Nord ou des protectorats,<\/li>\n<li>petits commer\u00e7ants, boutiquiers, et membres des professions lib\u00e9rales d&#8217;Aden et des centres urbains,<\/li>\n<li>soldats, policiers et militaires de bas et moyens rangs, en particulier ceux appartenant aux tribus autre que les `Awlaq\u00ee et les Dath\u00een\u00ee,<\/li>\n<li>tribus semi-s\u00e9dentaris\u00e9es appauvries en particulier dans les r\u00e9gions de Radf\u00e2n, D\u00e2li`, Chu`ayb, Wadi Hadramaut, etc.,<\/li>\n<li>branches subalternes de tribus influentes ou au pouvoir,<\/li>\n<li>branches pauvres ou inf\u00e9rieures de familles de s\u00e2dah,<\/li>\n<li>petits agriculteurs et paysans pauvres ou m\u00e9tayers sans terre de Lahj et Abiyan, avec une forte concentration de membres des Ahj\u00fbrs, qui donna au FNL\/PSY parmi d&#8217;autres, S\u00e2lim Rubay\u00ee` `Al\u00ee, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique (1970-1978), `Ali S\u00e2lih `Ub\u00e2d (Muqbil) chef fida\u2019i et un des premiers chefs de file de la gauche du FNL, membre du bureau politique du PSY, et J\u00e2`im S\u00e2lih, leader paysan et membre du bureau politique du parti.<\/li>\n<li>une intelligensia marxisante ou nationaliste d&#8217;instituteurs, journalistes et \u00e9tudiants form\u00e9s dans les universit\u00e9s du Caire, Damas, Bagdad ou Beyrouth.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il est int\u00e9ressant de noter que la direction du FNL refl\u00eate cette appartennance rurale et paysanne pr\u00e9pond\u00e9rante. La grande majorit\u00e9 des dirigeants et des cadres sont issus d&#8217;un milieu paysan, ont occup\u00e9 un travail manuel quelconque dans le pays ou dans le Golfe (comme paysans, ouvriers et employ\u00e9s dans l&#8217;industrie, les services, l&#8217;administration et l&#8217;enseignement) et ont re\u00e7u au moins l&#8217;enseignement primaire (traditionnel ou moderne). Voici le profil qui se d\u00e9gage de l&#8217;analyse de l&#8217;appartenance sociale d&#8217;une trentaine de membres de la direction du Parti et de l&#8217;Etat. Des exceptions int\u00e9ressantes: un fils de famille religieuse (Abd-l-Fatt\u00e2h Ism\u00e2`\u00eel, secretaire g\u00e9n\u00e9ral du Parti) un fils d&#8217;esclaves (Suda\u00eeh \u2018Al\u00ee, leader syndicaliste), un fils de domestique (`Abdalla al-Kh\u00e2mir\u00ee, porte parole du FNL lors de la lutte anti-coloniale), un tailleur de village (`Al\u00ee Sh\u00e2y\u00ee` H\u00e2d\u00ee, commandant militaire). (5)<\/p>\n<p>La lutte arm\u00e9e op\u00e9ra un bouleversement radical du code et des divisions tribales. Pour la premi\u00e8re fois des tribus, hier en guerre entre elles, combattaient dans de formations militaires communes contre un ennemi \u00e9tranger et parfois contre leurs chefs traditionnels, sous la direction non de leurs a\u00een\u00e9s, les `uqq\u00e2ls, mais de jeunes commandants qui pouvaient appartenir \u00e0 de tribus adverses: ouvriers, paysans, soldats et adjudants de l&#8217;Arm\u00e9e F\u00e9d\u00e9rale, employ\u00e9s, fonctionnaires, instituteurs, \u00e9tudiants ou membres de branches subalternes des tribus ou des familles de s\u00e2das, etc.<\/p>\n<p>Mais, il ne faut pas se faire d&#8217;illusions. Une dialectique op\u00e8re ici, combinant l&#8217;utilisation des formes de solidarit\u00e9s communaut\u00e9ires pour le ralliement collectif contre le r\u00e9gime colonial avec la lutte contre les divisions tribales et r\u00e9gionales. Cette dialectique va rythmer toute la fa\u00e7on dont le FNL\/PSY traitera de cette question tribale et r\u00e9gionale apr\u00e8s l&#8217;ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Cette lutte contre les divisions tribales repr\u00e9sente un effort d&#8217;unification nationale conscient. En 1964 , le FNL cr\u00e9e les &#8220;comit\u00e9s de r\u00e9forme des tribus&#8221; (le plus ancien \u00e9tant celui de Y\u00e2fi`) pour propager la &#8220;conscience nationale&#8221; parmi les tribus, con\u00e7ue comme appartenance commune \u00e0 la patrie y\u00e9m\u00e9nite unie et \u00e0 la nation arabe, selon les enseignements de l&#8217;organisation-m\u00e8re du FNL, le Mouvement des Nationalistes Arabes (MNA). Ses comit\u00e9s se transforment l&#8217;ann\u00e9e suivante en &#8220;comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires&#8221;, \u00e0 partir d&#8217;exp\u00e9riences pilotes dans la r\u00e9gion de D\u00e2li`, et interviennent de plus en plus dans le r\u00e8glement des disputes et conflits tribaux concernant la propri\u00e9t\u00e9 terrienne et la distribution de l&#8217;eau et des r\u00e9coltes.<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage de S\u00e2lim S\u00e2lih, militant de la premi\u00e8re heure dans sa r\u00e9gion, \u00e9claire cette dialectique et dit beaucoup sur un aspect souvent n\u00e9glig\u00e9 de la lutte du FNL: sa lutte pour s&#8217;imposer comme autorit\u00e9, non seulement contre le pouvoir colonial et ses agents locaux, mais contre les tribus elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Il s&#8217;agit du r\u00f4le du FNL dans la mud\u00eeriyat de Lab`\u00fbs, dans le Haut Y\u00e2fi` (180,000 habitants, en 1989) qui \u00e9tait contr\u00f4l\u00e9e par deux familles sultaniques, les bin Harharah et les Al-`Af\u00eef. Les anglais n&#8217;ayant pas positionn\u00e9 de troupes dans cette r\u00e9gion montagnarde, le gros du r\u00f4le des nationalistes Y\u00e2fi`i consistait \u00e0 soutenir, en vivres et en combattants, les fid\u00e2\u2019is de Radf\u00e2n, D\u00e2li` et Chu`a\u00eeb. La r\u00e9gion \u00e9tait particuli\u00e8rement min\u00e9e par les luttes tribales et les vendettas, qui portaient pr\u00e9judice \u00e0 un nombre croissant de gens. D&#8217;o\u00f9 se d\u00e9veloppa l&#8217;autre aspect du travail de la branche du MNA qui pr\u00e9c\u00e8de de plusieurs ann\u00e9es le d\u00e9clenchement de la lutte arm\u00e9e et se faisait \u00e0 partir de clubs et associations \u00e0 Aden, l\u00e9gales et li\u00e9es au Minist\u00e8re du Travail. Une d&#8217;elles \u00e9tait l&#8217;Association de R\u00e9forme Y\u00e2fi\u2018ite (plus tard, renomm\u00e9e Front de R\u00e9formes Y\u00e2fi`ite) qui regroupait des ouvriers de la rafinnerie et employ\u00e9s et fonctionnaires divers. Son r\u00f4le principal \u00e9tait la lutte contre le tribalisme et les vendettas. En 1962 d\u00e9j\u00e0, l&#8217;Association avait r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er une zone pacifi\u00e9e comportant cinq villages dans le Lab\u2018\u00fbs.<\/p>\n<p>La chute de cette r\u00e9gion entre les mains des fid\u00e2\u2019is du FNL advint avec l&#8217;arrestation des sultans apr\u00e8s une offensive de courte dur\u00e9e contre leurs palais fortifi\u00e9s. Un des premiers d\u00e9crets du nouveau &#8220;pouvoir&#8221;, quelques jours apr\u00e8s la d\u00e9claration de l&#8217;Ind\u00e9pendance, \u00e9tait l&#8217;abolition de la coutume tribale, des vendettas et du port d&#8217;armes. Mais l&#8217;autorit\u00e9 du FNL ne fut finalement \u00e9tablie et impos\u00e9e sur les tribus arm\u00e9es, qu&#8217;apr\u00e8s que les fid\u00e2\u2019is aient execut\u00e9, sur la place publique de Lab`\u00fbs, un p\u00e8re et ses deux fils pour avoir tu\u00e9 une tierce personne, en vengeance contre un crime de sang. Les habitants, somm\u00e9s par les militants du FNL \u00e0 rendre leurs armes, le firent imm\u00e9diatement. (6).<\/p>\n<p><b>III. L&#8217;ind\u00e9pendance et &#8220;l&#8217;orientation socialiste&#8221;: <\/b><\/p>\n<p><b>restructurations et d\u00e9chirements<\/b><\/p>\n<p>&#8220;&#8230; une nouvelle petite r\u00e9publique arabe est n\u00e9e, pauvre \u00e0 un point d\u00e9sesp\u00e9rant et probablement destin\u00e9e \u00e0 subir de p\u00e9riodes de violence et de r\u00e9volte. Les traces que les britanniques laissent seront faibles et dispara\u00eeteront bient\u00f4t, sauf les grandes casernes, l&#8217;a\u00e9roport, les \u00e9glises abandonn\u00e9es et quelques pancartes presque effac\u00e9es montrant l&#8217;acc\u00e9s \u00e0 la NAAFI et \u00e0 la messe des officiers. Notre p\u00e9riode d&#8217;occupation ne laissera presque rien de durablement positif pour le pays, malgr\u00e9 les efforts altruistes de nombreux Anglais et tant de gens bonne volont\u00e9&#8230;&#8221;(7)<\/p>\n<p>Cette confession de Trevellyan, un des derniers Hauts Comissaires britanniques \u00e0 Aden, brosse un tableau assez correct de la r\u00e9sultante de 130 ans d&#8217;occupation coloniale. Cette situation est agrav\u00e9e par la cl\u00f4ture du canal de Suez, apr\u00e8s la guerre de Juin 1967, qui prive le port d&#8217;Aden et la raffinerie de la presque totalit\u00e9 de leur r\u00f4le et revenus, et par l&#8217;abandon des bases britanniques. Une vingtaine de milliers d&#8217;ouvriers et de salari\u00e9s seront priv\u00e9s de leurs emplois. Ainsi s&#8217;effondre pratiquement l&#8217;\u00e9conomie de services et le pays perd deux tiers de son revenu national. Une grande partie des capitaux (\u00e9trangers) quittent le pays. Les coffrets de l&#8217;administration sont vides. D&#8217;ailleurs les revenus ne couvraient qu&#8217;un tiers des d\u00e9penses de l&#8217;administration.<\/p>\n<p>Pour aggraver les choses, les autorit\u00e9s britanniques d\u00e9cr\u00e8tent \u00e0 la veille de leur d\u00e9part une hausse substantielle des salaires pour les cadres de l&#8217;arm\u00e9e et de l&#8217;administration tout en refusant d&#8217;honorer leur promesse de payer une aide de 60 millions de livres sterlings entreprise au cours des n\u00e9gociations de l&#8217;Ind\u00e9pendance \u00e0 Gen\u00e8ve. On estime \u00e0 80 000 le nombre des habitants qui quittent la capitale- un quart de sa population. L&#8217;ancienne classe ouvri\u00e8re est presque inexistante. (8)<\/p>\n<p>Les nationalisations et les &#8220;intifadas&#8221; contre les propri\u00e9taires terriens et les bureaucrates des ann\u00e9es 1970-1972 vont entra\u00eener une nouvelle vague de fuite des capitaux, d&#8217;une majorit\u00e9 de la bourgeoisie locale, des milliers de la communaut\u00e9 Somalienne et Indienne, des cadres, des petits entrepreneurs et propri\u00e9taires terriens et immobiliers, etc. pour ne pas oublier l&#8217;exil de vagues successives d&#8217;opposants politiques, \u00e0 mesure que le FNL renforce son pouvoir. La ville, d\u00e9j\u00e0 envahie par des milliers de ruraux qui s&#8217;install\u00e8rent imm\u00e9diatement apr\u00e8s l&#8217;ind\u00e9pendance dans les bungallows, appartements et casernes vides des Anglais, va \u00eatre de plus en plus ruralis\u00e9e.<\/p>\n<p>L&#8217;abolition de l&#8217;autorit\u00e9 des sultans, cheikhs et \u00e9mirs et la confiscation de leurs biens furent d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es au lendemain de l&#8217;Ind\u00e9pendance (la plupart \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en prison ou en exil) ainsi que l&#8217;abolition des coutumes, lois et vendettas tribales. Un nouveau d\u00e9coupage administratif du pays se base sur six gouvernats d\u00e9sign\u00e9s par des num\u00e9ros : premier gouvernat : Aden, deuxi\u00e8me: Lahj, troisi\u00e8me : Abyan, quatri\u00e8me: Chabwah, cinqui\u00e8me: Hadramaut, sixi\u00e8me: al-Maharah, chacun comportant un nombre de mudir\u00eeyah et de markaz.<\/p>\n<p>Le port d&#8217;armes est interdit dans le premier gouvernat (Aden et ses banlieus). La cr\u00e9ation de la Milice Populaire, bras arm\u00e9 du Parti et force d&#8217;appui \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e dans la d\u00e9fense du pays, sera, dans ce contexte, un moyen assez sophistiqu\u00e9 pour controller le port des armes et \u00e9tendre l&#8217;autorit\u00e9 du nouveau pouvoir dans les r\u00e9gions lointaines. Les membres des tribus arm\u00e9s seront encourag\u00e9s \u00e0 s&#8217;enr\u00f4ler dans cette organisation, moyennant l&#8217;\u00e9change leurs vieux fusils, l\u00e9galement, contre de nouveaux fusils-mitrailleurs sovi\u00e8tiques AK45 (Kalachnikov), ou des fusils S\u00e9mionov (plus pris\u00e9s par les tribus).<\/p>\n<p>Il faut ajouter \u00e0 tout cela la campagne pour la s\u00e9dentarisation des tribus nomades et leur incorporation dans l&#8217;agriculture. Entreprise durant de longues ann\u00e9es, \u00e0 partir de 1970, elle a, n\u00e9anmoins, produit de tr\u00e8s maigres r\u00e9sultats. Une grande partie des b\u00e9douins nomades fuiyaient les coop\u00e9ratives ou simplement refusaient de descendre vers la plaine. Une autre solution fut trouv\u00e9e selon laquelle les enfants de ses tribus, form\u00e9s dans des \u00e9coles sp\u00e9ciales (dites de &#8220;L&#8217;Etoile Rouge&#8221;), \u00e9taient finalement incorpor\u00e9s dans l&#8217;arm\u00e9e ou la police. D&#8217;ailleurs, ce projet servait un but beaucoup plus pressant et vital, celui d&#8217;absorber les tribus frontali\u00e8res \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du pays, car les autorit\u00e9s s\u00e9oudiennes \u00e9taient en train de distribuer argent et cartes d&#8217;idendit\u00e9 s\u00e9oudienne pour s&#8217;acheter leur loyaut\u00e9.<\/p>\n<p>La r\u00e9forme agraire va s&#8217;ajouter \u00e0 tout cela pour assener un coup dur \u00e0 ce qui reste de l&#8217;autorit\u00e9 des anciens chefs tribaux et des s\u00e2dah, et cr\u00e9er de nouvelles couches de petits propri\u00e9taires, de paysans coop\u00e9rateurs et d&#8217;ouvriers agricoles dans les fermes d&#8217;Etat, vir\u00e9s par leurs int\u00e9r\u00eats vers l&#8217;autorit\u00e9 centrale et le Parti.<\/p>\n<p>Mais si la structure tribale subit ce sort, ses effets restent pourtant efficaces et op\u00e9rationnels. Deux facteurs principaux se conjugueront pour la reproduction et reconstitution des formes modifi\u00e9s de solidarit\u00e9 communautaires qui r\u00e9pondent aux d\u00e9veloppements r\u00e9sents pour servir de fonctions nouvelles.<\/p>\n<p><strong>1. Les luttes pour l&#8217;imposition du monopole du pouvoir par le FNL, et les luttes \u00e0 l&#8217;interieur de ce parti lui-m\u00eame. <\/strong><\/p>\n<p>Celles-ci vont nettement changer le rapport de forces entre les diff\u00e9rentes r\u00e9gions ainsi que leurs relations r\u00e9ciproques au pouvoir central. Elles vont de par cela contribuer \u00e0 de replis diff\u00e9rents vers ses formes r\u00e9gionales et communautaires de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>Les larges purges contre les officiers `awlaq\u00ee, qui se sont r\u00e9volt\u00e9s \u00e0 deux reprises en 1969, feront de cette r\u00e9gion, relativement &#8220;privil\u00e9gi\u00e9e&#8221; par le r\u00f4le de ses fils dans l&#8217;arm\u00e9e et l&#8217;administration coloniale, une victime de la d\u00e9colonisation et une terre fertile pour les activit\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments contre-r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>La refonte de l&#8217;arm\u00e9e, en incorporant des unit\u00e9s enti\u00e8res de la police et des combattants et fid\u00e2\u2019i du FNL, va augmenter le nombre, et l&#8217;influence, des lahj\u00ee, radf\u00e2ni, y\u00e2fi`i et d\u00e2li`\u00ee dans cette institution cruciale. Mais pendant un temps, les officiers dath\u00een\u00ee, qui occupent les \u00e9chelons sup\u00e9rieurs de l&#8217;arm\u00e9e &#8211; \u00e0 la place des `awlaq\u00ee &#8211; vont contribuer \u00e0 la mont\u00e9e de `Al\u00ee N\u00e2sir Muhammad dans les rangs du pouvoir et du parti. Celui-l\u00e0 occupera le poste de ministre de la d\u00e9fense et se verra propuls\u00e9 au conseil pr\u00e9sidentiel, pour guarantir l&#8217;all\u00e9geance des officiers de cette r\u00e9gion et les rassurer sur leur sort, apr\u00e8s l&#8217;\u00e9cartement du pouvoir de leur plus fort &#8216;repr\u00e9sentant&#8217; central, Muhammad `Al\u00ee Ha\u00eetham (premier ministre et membre du conseil pr\u00e9sidentiel en 1969-1971).<\/p>\n<p><strong> 2. Le deuxi\u00e8me facteur, et le plus important, touche au mode de d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique. <\/strong><\/p>\n<p>Dans un pays comme le Y\u00e9men du Sud, avec les charact\u00e9ristiques d\u00e9crits ci-dessus et les effets de la d\u00e9colonisation, l&#8217;\u00e9largissement du secteur public de l&#8217;Etat- qui va couvrir la presque totalit\u00e9 de la vie \u00e9conomique, sociale et culturelle du pays- ob\u00e9it \u00e0 une logique autre que celle de l&#8217;avanc\u00e9e vers le socialisme, ou de la planification de l&#8217;\u00e9conomie. Il va servir, en premier lieu, de d\u00e9bouch\u00e9 principal, sinon unique, pour absorber le surplus grandissant de la force de travail que les autres secteurs ne peuvaient absorber.<\/p>\n<p>Notons, pour commencer, qu&#8217;une grande partie de la population est initiallement marginalis\u00e9e, de par la structure initiale de l&#8217;\u00e9conomie coloniale, et de l&#8217;immigration. La population active est des plus faibles au monde : 435 000 sur un total de 2 millions 345 mille habitants, soit 20% de la population, selon le recensement de 1988, accusant un recul de 5% par rapport \u00e0 l&#8217;ann\u00e9e 1973. Il faut dire aussi que malgr\u00e9 les l\u00e9gislaions tr\u00e8s avanc\u00e9es sur la question f\u00e9minine, en particulier le code de la famille, 13% seulement de la population active est f\u00e9minine (5% de la population f\u00e9minine totale seulement travaille). En cette m\u00eame ann\u00e9e, le taux de chomage est de 11,6% de la population active (9) tandis que le pays commence \u00e0 importer de la main d&#8217;oeuvre \u00e9trang\u00e8re, en particulier des Philippines et de l&#8217;Ethiopie. En 1984, on estimait qu&#8217;il y avait au moins 10 mille ouvriers \u00e9trangers dans le pays.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement rapide de la scolarisation, obligatoire et gratuite dans toutes ses \u00e9tapes, est, sans doute, un des acquis certains de la r\u00e9volution. En 1982, 1\/5 de la population \u00e9tait scolaris\u00e9, soit 340 mille \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes (10). La campagne d&#8217;alphab\u00e9tisation connaissait de progr\u00e8s remarquables. Mais ce prog\u00e8s se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre aussi une source de grands probl\u00e8mes. Se d\u00e9veloppant sans coordination avec les besoins de la planification \u00e9conomique et de l&#8217;allocation de la force de travail, le syst\u00e8me scolaire produit de graves d\u00e9siquilibres. Il contribua aussi \u00e0 drainer les forces actives des campagnes vers les villes, d&#8217;une part, et bloquer la reproduction de la force de travail, de l&#8217;autre.<\/p>\n<p>Produisant chaque ann\u00e9e des milliers de diplom\u00e9s destin\u00e9s au travail &#8220;intellectuel&#8221; et administratif, auquels il faut ajouter les boursiers dans les pays de l&#8217;Est, le syst\u00e8me scolaire contribue, ainsi, \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;une masse sociale de plus en plus \u00e9tendue et pesante qui exerce une pression forte en faveur de l&#8217;\u00e9largissement du secteur d&#8217;\u00e9tat et de l&#8217;administration (du gouvernement et du Parti). La bureaucracie finira par absorber, selon des estimations digne de foi, un quart de la population active. En fait, ces pressions pour l&#8217;emploi dans le secteur-relativement privili\u00e9g\u00e9 et stable- de la fonction administrative, et les concurrences qui en d\u00e9coul\u00e8rent concernant l&#8217;allocation des cadres et leur promotion, joueront un r\u00f4le important dans la reproduction des r\u00e9seaux de client\u00e9lisme, sur des bases r\u00e9gionales, et la g\u00e9n\u00e9ration des conflits \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du Parti et de l&#8217;Etat. Ajoutons a cela que la force de travail engag\u00e9e dans les secteurs productifs ne se reproduit pas, m\u00eame une reproduction simple, et que les secteurs productifs eux-m\u00eames pi\u00e9tinent ou reculent, m\u00eame par rapport \u00e0 la p\u00e9riode coloniale! (11)<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9claire le mode de d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique d&#8217;un angle nouveau. Le gros des investissemnts et d\u00e9penses est investi dans deux domaines principaux: la construction d&#8217;une infrastructure \u00e9conomique et les d\u00e9penses sur les services sociaux. Ses derniers se d\u00e9veloppent (s\u00e9curit\u00e9 sociale totale, loyers presque symboliques, \u00e9ducation gratuite, etc.) sans prendre en consid\u00e9ration les possibilit\u00e9s r\u00e9elles du pays ni le niveau d&#8217;accumulation du capital social et de la production des richesses. Entre les premi\u00e8res t\u00e2ches, \u00e9l\u00e9mentaires et n\u00e9cessaires, et les deuxi\u00e8mes t\u00e2ches volontaristes, consid\u00e9r\u00e9es comme le signe d&#8217;une avanc\u00e9e certaine vers le socialisme, ce sont les t\u00e2ches de d\u00e9veloppement des forces de production et de l&#8217;accumulation primitive du capital social qui sont sacrifi\u00e9es. Le march\u00e9 est presque aboli. L&#8217;Etat prend le contr\u00f4le du commerce int\u00e9rieur sans \u00eatre dot\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments les plus \u00e9l\u00e9mentaires de cette entreprise si d\u00e9licate et dangeureuse qui touche le quotidien des gens. Aden connait d\u00e8s lors les queues d&#8217;attente devant les magazins; les denr\u00e9es alimentaires font d\u00e9faut&#8230;En plus, un \u00e9galitairisme tribal consid\u00e9rait comme suspecte toute manifestation du capital mon\u00e9taire, pour ne pas dire de l&#8217;argent tout court, f\u00fbt-elle l&#8217;achat d&#8217;une boutique ou d&#8217;une machine agricole par un \u00e9migr\u00e9 en Arabie S\u00e9oudite ou en Asie qui d\u00e9sire investir dans son village. Ces craintes et phobies, assez charact\u00e9ristiques de la fa\u00e7on dont des formations pr\u00e9-capitalistes r\u00e9agissent vis-\u00e0-vis de l&#8217;argent et de la p\u00e9n\u00e9tration du capitalisme, trouvaient leurs expressions &#8220;th\u00e9oriques&#8221; dans une crainte maladive d&#8217;un &#8220;retour&#8221; \u00e0 un capitalisme qui n&#8217;avait presque pas exist\u00e9. Ainsi, les participants \u00e0 un colloque sur &#8220;l&#8217;exp\u00e9rience de la r\u00e9volution national-d\u00e9mocratique dans la RPDY&#8221;, \u00e0 Aden en 1984, furent invit\u00e9s par plusieurs id\u00e9ologues du Parti \u00e0 se rendre compte des dangers d&#8217;un &#8220;retour au capitalisme&#8221; dans l&#8217;agriculture!<\/p>\n<p>Dans une situation o\u00f9 le parti- patron de cette \u00e9norme entreprise qu&#8217;est l&#8217;\u00e9tat, distributeur d&#8217;emplois et de services, qui absorbe la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re et la r\u00e9gimente- est devenu le lieu o\u00f9 s&#8217;exercent toutes les pressions sociales, les centres de pouvoir en son sein se reconstituent sur de bases r\u00e9gionales pour palier \u00e0 ces pressions et se muent dans un ballet tr\u00e8s complexe d&#8217;alliances, de comp\u00e9titions et de confrontations qui d\u00e9route quiconque veuille appliquer de grilles d&#8217;explication simplifi\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais revenons \u00e0 notre propos imm\u00e9diat. La d\u00e9capitation des tribus est une chose, r\u00e9soudre le probl\u00e8me complexe de l&#8217;unification d&#8217;un espace si \u00e9parpill\u00e9, et entrependre la t\u00e2che d&#8217;imaginer et d&#8217;appliquer un principe de r\u00e9gularisation centralisante et de coh\u00e9sion sociale, est une autre.<\/p>\n<p>Certes, le nouveau pouvoir avait \u00e9tendu son autorit\u00e9 sur tout le pays, fort de son r\u00f4le dans la lutte pour la lib\u00e9ration nationale et d&#8217;unificateur de l&#8217;espace \u2018national\u2019. Il s&#8217;est aussi impos\u00e9 par la jeunesse, l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 et la vitalit\u00e9 de ses cadres et chefs et de leur large repr\u00e9sentativit\u00e9 de toutes les r\u00e9gions et couches populaires du pays. De ce fait, il a joui, pendant de longues ann\u00e9es, d&#8217;un soutien et d&#8217;une base populaire certaine.<\/p>\n<p>L&#8217;apog\u00e9e de la popularit\u00e9 du r\u00e9gime et de sa stabilit\u00e9 correspond \u00e0 la phase la plus d\u00fbre et difficile de son existence, quand le pays \u00e9tait une fortresse assi\u00e9g\u00e9e de tout bord, et se battait pour son ind\u00e9pendance et sa survie. C&#8217;\u00e9tait la phase de la pr\u00e9sidence de S\u00e2lim Rubay\u00ee` `Al\u00ee (1970-1978) qui \u00e9tait une phase de pluralisme des centres de pouvoir bien refl\u00eat\u00e9e par la personnalit\u00e9 et le r\u00f4le compl\u00e9mentaires des membres de la tro\u00efka du conseil de la pr\u00e9sidence: S\u00e2lim Rubay\u00ef` `Ali (Abyan): leader populaire et entraineur des masses; Abd-l-Fatt\u00e2h Ism\u00e2`\u00eel (le Nord Y\u00e9m\u00e9n), id\u00e9ologue, fondateur, inspirateur et guide du Parti; et `Ali N\u00e2sir Muhammad (Dath\u00eenah), administrateur et travailleur infatigable. Ces trois leaders coexistaient avec une multiplicit\u00e9 de centres de d\u00e9cision et de pouvoir parallels repr\u00e9sent\u00e9s par l&#8217;arm\u00e9e, la police, les services de renseignements, la milice populaire, les syndicats, les &#8220;comit\u00e9s de d\u00e9fense de la R\u00e9volution&#8221;, les ligues paysannes, les comit\u00e9s de contr\u00f4le ouvrier, etc.<\/p>\n<p>C&#8217;est quand un centre de pouvoir, ou une seule personne, a essay\u00e9 de s&#8217;\u00e9riger en centre unique et unificateur (disons, plutot, r\u00e9ducteur) que les luttes internes \u00e9clatent au sein du Parti et de l&#8217;Etat. A partir de 1978, on est en pr\u00e9sence d&#8217;une machine infernale qui ne s&#8217;arr\u00eate pas.<\/p>\n<p><strong>IV. Les effes r\u00e9gionaux et tribaux dans les crises du parti<\/strong><\/p>\n<p><b>1978-1986.<\/b><\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9limination de S\u00e2lim Rubay\u00ee` `Al\u00ee , en juin 1978, qui avait comme toile de fond des d\u00e9sacords s\u00e9rieux concernant l&#8217;engagement d\u00e9finitif de la RDPY aux cot\u00e9s de l&#8217;Union Sovi\u00e9tique et la transformation du parti en un parti marxiste-l\u00e9niniste, \u00e9tait aussi une r\u00e9action contre les tentatives du pr\u00e9sident de monopoliser le pouvoir en s&#8217;appuyant sur un r\u00e9seau parallel de fid\u00e8les rattach\u00e9s \u00e0 sa personne qui &#8220;dupliquaient&#8221; les autres centres de pouvoir ou les controllaient. Un \u00e9v\u00e8nement grave renda l&#8217;\u00e9cartement de Salmine (de son nom de guerre) in\u00e9luctable: le pr\u00e9sident du Nord Y\u00e9men, al-Ghachmi, venait d&#8217;\u00eatre tu\u00e9 par une valise pi\u00e8g\u00e9e port\u00e9e par un \u00e9missaire personnel du pr\u00e9sident du Sud. Salmine fut d\u00e9mit de ses fonctions de pr\u00e9sident et de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral-adjoint du parti au nom de la survie du r\u00e9gime. Le choix parassait in\u00e9vitable: ou le risque d&#8217;une guerre entre les deux y\u00e9mens ou la d\u00e9mission du responsable direct de l&#8217;attentat. La discrimination qui va toucher les fid\u00e8les de Rubay\u00ee` `Al\u00ee, concentr\u00e9s dans les deux r\u00e9gions de Abyan et de Chabwah, laissera des traces profondes sur les d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs et sur l&#8217;\u00e9quilibre entre les r\u00e9gions au sein du parti et de l&#8217;Etat.<\/p>\n<p>La d\u00e9mission de son successeur `Abd-l-Fat\u00e2h Ism\u00e2`\u00eel, en avril 1980, restera un des \u00e9v\u00e8nements les plus obscurs dans les luttes internes pour le pouvoir au sud-Y\u00e9men. Une multiplicit\u00e9 de causes contribuera \u00e0 son d\u00e9saccord avec la presque totalit\u00e9 de la direction du parti et de l&#8217;Etat, qui le poussa finalement \u00e0 presenter sa d\u00e9mission, pour parer \u00e0 une lutte violente \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du parti et du pays, et prendre le chemin de l&#8217;exil en Union Sovi\u00e9tique. Deux facteurs sont importants pour notre propos.<\/p>\n<p>En premier lieu, il y avait la guerre avec le Nord, en Mars-Avril 1979, qui \u00e9tait en fait une tentative de la part de l&#8217;opposition nordiste arm\u00e9e, dirig\u00e9e par le &#8220;Front National D\u00e9mocratique&#8221; (FND), de bouleverser le r\u00e9gime de `Al\u00ee `Abdallah S\u00e2lih, en s&#8217;appuyant sur une intervention massive de l&#8217;arm\u00e9e du Sud. L&#8217;\u00e9chec de cette tentative, qui a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9e et par les \u00e9tats membres de la Ligue Arabe et par l&#8217;Union Sovi\u00e9tique, se solda par le retrait des troupes sudistes et la signature d&#8217;un nouvel accord d&#8217;unit\u00e9 entre `Al\u00ee `Abdallah S\u00e2lih et `Abd-l-Fatt\u00e2h Ism\u00e2`\u00eel au Koweit. Ism\u00e2\u2018\u00eel fut, comme S\u00e2lim Rubayi` `Al\u00ee moins de deux ans auparavant, le &#8220;bouc \u00e9missaire&#8221; qu&#8217;on sacrifia sur l&#8217;autel des relations tumultueuses entre les deux parties du Y\u00e9men. Paradoxalement, Isma\u2018\u00eel \u00e8tait , parmi les autres membres de la direction, le plus r\u00e9tissant \u00e0 s&#8217;engager dans cette aventure et le plus attentif aux Sovi\u00e9tiques qui l&#8217;avaient fortement d\u00e9conseill\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais ce sacrifice de `Abd-l-Fatt\u00e2h Ism\u00e2`\u00eel ne peut \u00eatre expliqu\u00e9 que par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la situation interne et aux conflits parmi ces m\u00eames centres de pouvoir. Son court r\u00e8gne, mis sous le signe de &#8220;tout le pouvoir au Parti Socialiste Y\u00e9m\u00e9nite&#8221;, se voyait rapidement privili\u00e9ger deux centres de pouvoir aux d\u00e9pends des autres. Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral devint en m\u00eame temps chef de l&#8217;Etat et `Ali N\u00e2sir Mohammad, d\u00e9sign\u00e9 pour quelques mois comme chef de l&#8217;Etat (Pr\u00e9sident du Pr\u00e9sidium du Conseil Sup\u00e9rieur du Peuple), dut se contenter de la pr\u00e9sidence du conseil des ministres. &#8220;Tout le pouvoir au Parti&#8221; impliquait la concentration de ce pouvoir entre les mains de son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral. Mais le Parti \u00e9tant lui-m\u00eame un centre de pouvoir, parmi d&#8217;autres, l&#8217;autorit\u00e9 de Ism\u00e2`\u00eel se basa essentiellement sur le Minist\u00e8re de la S\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;Etat (MSE) anim\u00e9 par un ancien de la lutte arm\u00e9e \u00e0 Aden, Mohammad Sa`\u00eed `Abdallah (Mohsen), et sur la Milice Populaire (MP) command\u00e9e par Hussein Qum\u00e2tah. Le conflit entre les centres de pouvoir \u00e9cl\u00e2ta justement sur une question extr\u00eamement sensible et qui touchait directement \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e: qui est responsable des renseignements dans l&#8217;arm\u00e9e, le MSE ou le minist\u00e8re de la d\u00e9fense? Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral intervint dans les disputes qui en r\u00e9sult\u00e8rent entre `Al\u00ee `Antar, ministre de la d\u00e9fense et la majorit\u00e9 des membres du bureau politique, d&#8217;une part, et ses prot\u00e9g\u00e9s de l&#8217;autre, en proposant une refonte compl\u00e8te de la direction du parti, qui remplacerait la &#8220;vieille garde&#8221; par de nouveaux cadres d&#8217;intellectuels, plus aptes, selon lui, \u00e0 repr\u00e9senter la transformation du parti en un parti marxiste-l\u00e9niniste.<\/p>\n<p>Ce projet qui ammena la chute de Fattah, fut appliqu\u00e9 par `Al\u00ee N\u00e2sir qui prend sa rel\u00e8ve et concentre en sa personne la pr\u00e9sidence de l&#8217;Etat, la direction du parti et le poste de premier ministre. La crise dans la direction s&#8217;aggrava. N\u00e2sir ne commandait ni le respect que commandait `Abd-l-Fatt\u00e2h, fondateur du Parti et inspirateur des choix principaux de la r\u00e9volution dans toutes ses \u00e9tapes, en plus du fait que le nouveau pr\u00e9sident souffrait d&#8217;un handicap important: il ne figurait pas dans le premier rang des chefs de la lutte arm\u00e9e, et c&#8217;est justement cette p\u00e9rennit\u00e9 qui fondait la l\u00e9gitimit\u00e9 de tout pouvoir dans le PSY et dans l&#8217;Etat.<\/p>\n<p>S&#8217;appuyant sur les factions minoritaires dans le parti, sur ses capacit\u00e9s d&#8217;administrateur et de travailleur infatigable et sur des relations arabes et internationales habilement nou\u00e9es et entretenues, \u2018Al\u00ee N\u00e2sir entrepris de r\u00e9duire, dessiminer ou d&#8217;\u00e9liminer les &#8216;chefs historiques&#8217; du FNL qui clamaient une r\u00e9partition des postes ex\u00e9cutifs dans une direction coll\u00e9giale. Tous \u00e0 l&#8217;exception de `Ali `Antar furent \u00e9cart\u00e9s du nouveau bureau politique \u00e9lu en 1982, au profit de cadres de deuxi\u00e8me rang qui n&#8217;avaient ni leurs exp\u00e9rience ni leur repr\u00e9sentativit\u00e9 aupr\u00e8s de leurs r\u00e9gions r\u00e9ciproques et de la population en g\u00e9n\u00e9ral. Ce remaniement comprenait aussi l&#8217;\u00e9caretemnt des anciens du Parti de l&#8217;Avant Garde Populaire et de l&#8217;Union D\u00e9mocratique du Peuple. `Ali Badh\u00eeb, leader de l&#8217;UDP est remplac\u00e9 par son fr\u00e8re Abou Bakr, beaucoup moins connu, prestigieux et exp\u00e9riment\u00e9 que lui. D&#8217;autre part, Anis Hassan Heyia, ancien leader du PAGP sera remplac\u00e9 par un presque inconnu, `Abd-l Ghan\u00ee Abd-l-Q\u00e2dir. Seul `Antar restera membre de l&#8217;instance supr\u00eame du parti, mais il d\u00fb abandonner son poste de ministre de d\u00e9fense \u00e0 S\u00e2lih Moslih, ministre de l&#8217;int\u00e9rieur, lui aussi d\u00e9chu du bureau politique. Par contre, `Antar fut promu au titre honorifique de vice-pr\u00e9sident. Mohammad S\u00e2lih Mut\u00ee`, prestigieux chef de la diplomatie y\u00e9m\u00e9nite et premier candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence du conseil des ministres, fut arr\u00eat\u00e9, sommairement jug\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 en 1981 pour &#8220;contacts avec les services de renseignements s\u00e9oudiens&#8221;. La d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 huis-clos dans une r\u00e9union du BP de laquelle `Ali `Antar \u00e9tait absent, en voyage en Inde. Nulle preuve s\u00e9rieuse ne fut avanc\u00e9e concernant les charges port\u00e9es contre Mut\u00ee`.<\/p>\n<p>Un coup \u00e0 droite, un autre \u00e0 gauche, `Al\u00ee N\u00e2sir se retourne contre les &#8220;nordistes&#8221; sommairement consid\u00e9r\u00e9s comme partisans de Abd-l- Fatt\u00e2h. Mohammad Sa`\u00eed `Abdallah, ministre de la S\u00e9curit\u00e9 d&#8217;Etat, Mahmoud Ocheych, leader syndicaliste et ancien ministre sont mis en r\u00e9sidence surveill\u00e9e; `Abd-l-`Az\u00eez `Abd-l-Wal\u00ee, ancien ministre du plan, envoy\u00e9 en RDA pour finir ses \u00e9tudes o\u00f9 il mourut dans de circonstances myst\u00e9rieuses en mars 1983. Hussein Qum\u00e2t\u00e2, d\u00e9chu de son poste de commandant de la Milice Populaire, mourut en prison: &#8216;suicid\u00e9&#8217;, selon la version officielle&#8230;<\/p>\n<p>Dans de pareilles circonstances, on arrive \u00e0 quoi? Que le repr\u00e9sentant d&#8217;une r\u00e9gion soit \u00e9limin\u00e9 du bureau politique et toute &#8216;sa&#8217; r\u00e9gion consid\u00e8re que son influence, son impact sur la distribution des services sociaux de l&#8217;Etat, l&#8217;allocation des bourses d&#8217;\u00e9tudes, l&#8217;emploi de ses enfants, la promotion de ses fonctionnaires, se r\u00e9duisent \u00e0 z\u00e9ro. Elle se consid\u00e8re donc vis\u00e9e collectivement et \u00e9cart\u00e9e du pouvoir. Qu&#8217;on d\u00e9cide l&#8217;allocation d&#8217;une somme substantielle d&#8217;argent pour la construction d&#8217;un h\u00f4tel (fran\u00e7ais) de premi\u00e8re classe \u00e0 Aden plut\u00f4t que l&#8217;utiliser pour l&#8217;asphaltage de la route menant \u00e0 une moudiriyah, et tous les gens de cette moudiriyah prennent cette d\u00e9cision comme un acte hostile.<\/p>\n<p>Ceci \u00e9claire le tournant que vont prendre les \u00e9v\u00e8nements tragiques de janvier 1986 qui se transform\u00e8rent en une petite guerre civile (12). Les milices fid\u00e8les \u00e0 `Al\u00ee N\u00e2sir, qui ont combattu \u00e0 Aden, provenaient justement de Abyan et de Chabwah. Apr\u00e8s l&#8217;assassinat des trois membres du bureau politique `Al\u00ee `Antar, S\u00e2lih Mosleh et `Al\u00ee Ch\u00e2y\u00ee` H\u00e2d\u00ee, tous les trois de la r\u00e9gion de D\u00e2l\u00ee\u2018, les combattants qui envahirent Aden et aid\u00e8rent l&#8217;arm\u00e9e \u00e0 nettoyer les poches de r\u00e9sistance des hommes de l&#8217;ancien pr\u00e9sident, venaient dans la plupart de cette r\u00e9gion. Les combattants de Y\u00e2fi`, autre r\u00e9gion du gouvernat de Lahj, venaient combattre \u00e0 Aden pour &#8216;venger&#8217; l&#8217;ex\u00e9cution de Mut\u00ee` et aussi en gage de fid\u00e9lit\u00e9 pour son &#8216;successeur&#8217; S\u00e2lim S\u00e2lih. L&#8217;arm\u00e9e, \u00e0 forte concentration de Lahjis, dont une grande partie de ces jeunes officiers, form\u00e9s dans les \u00e9coles du PSY et dans les acad\u00e9mies militaires des pays de l&#8217;Est, \u00e9tait rest\u00e9e fid\u00e8le \u00e0 \u2018Abdel Fatt\u00e2h Ism\u00e2`\u00eel, se rallia, dans sa majorit\u00e9, au camp des opposants \u00e0 \u2018Al\u00ee N\u00e2sir, mais aussi par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ses deux chefs (ministres de la d\u00e9fense) tu\u00e9s dans la salle du bureau politique: `Al\u00ee `Antar et S\u00e2lih Mosleh. Il est aussi significatif que la fin des hostilit\u00e9s adv\u00e8ne avec l&#8217;occupation des troupes oppos\u00e9es \u00e0 `Al\u00ee N\u00e2sir du gouvernat d&#8217;Abyan, o\u00f9 l&#8217;ancien pr\u00e9sident c&#8217;\u00e9tait repli\u00e9 avec ce qui restait de ses troupes. Une vingtaine de milliers de militaires et civils de ces deux r\u00e9gions se r\u00e9fugi\u00e8rent au Nord Y\u00e9men&#8230;<\/p>\n<p><strong>Conclusions<\/strong><\/p>\n<p>Pour conclure, l&#8217;exp\u00e9rience sud-y\u00e9m\u00e9nite est un example frappant des effets contradictoires et ambigus que prend une doctrine moderne, le marxisme-l\u00e9ninisme dans sa version sovi\u00e9tique, quand elle devient un syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rence et d&#8217;interpellations officiel dans une soci\u00e9t\u00e9 sous-d\u00e9velopp\u00e9e du Tiers Monde.<\/p>\n<p>Un &#8216;classisme&#8217; primaire masque et refoule les formes pr\u00e9-capitalistes d&#8217;identit\u00e9 et de solidarit\u00e9, transform\u00e9es certes par la lutte arm\u00e9e anti-coloniale et les efforts conscients des agents du changement. Mais ils continuent \u00e0 \u00eatre op\u00e9rationels, \u00e0 \u00e9pouser de nouvelles fonctions et \u00e0 r\u00e9gir les luttes et les conflits internes au niveau du pouvoir lui-m\u00eame, plus dangereuses que celles qui op\u00e8rent dans la soci\u00e9t\u00e9, car ils sont, dor\u00e8navant, r\u00e9gis par le recours aux armes.<\/p>\n<p>Les choix \u00e9conomiques et sociaux, repr\u00e9sent\u00e9s en tant que choix &#8220;d&#8217;orientation vers le socialisme&#8221; &#8211; i.e. un r\u00f4le &#8220;distributeur&#8221; de l&#8217;Etat, et non celui de promoteur du d\u00e9veloppement- contribuent \u00e0 la formation et la g\u00e9rance d&#8217;une bureaucratie grandissante qui r\u00e9pond de plus en plus \u00e0 des int\u00e9r\u00eats sociaux (le refus du travail manuel productif et la promotion sociale par le travail administratif) qu&#8217;aux exigences de la planification ou du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social et culturel.<\/p>\n<p>La comp\u00e9tition des groupes, selon cette logique, englouti le parti dans de luttes internes violentes et destructrices. Enfin, l&#8217;instauration d&#8217;un parti unique et les luttes pour le monopole du contr\u00f4le de ce parti (le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral qui concentre en sa personne tout les pouvoirs) sape les progr\u00e8s d&#8217;unification de l&#8217;espace national et les efforts de centralisation relative et de coh\u00e9sion sociale.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution \u00e0 manqu\u00e9 justement \u00e0 s&#8217;attaquer aux racines de ce qui fondait la structure sociale de l&#8217;\u00e9poque coloniale- le refus du travail manuel et productif et la tradition paternaliste tributaire.<\/p>\n<p>Notes:<\/p>\n<p>(1) cf : &#8220;Machr\u00fb` al-Ittij\u00e2h\u00e2t al-As\u00e2s\u00eeyah lil-Isl\u00e2h al-S\u00eeyas\u00ee wa-l-Iqtis\u00e2d\u00ee al-Ch\u00e2mil&#8221;, <i>14 Okt\u00fbbar<\/i>, Aden, le 30\/7\/1989.<\/p>\n<p>(2) Eric Rouleau: &#8220;Revolutionary South Yemen&#8221;, <i>Monthly Review<\/i>, pp. 35, New York, Mai 1973.<\/p>\n<p>(3) Vitali NAUMKIN: <i>Le FNL dans la lutte pour l&#8217;ind\u00e9pendance du Sud-Y\u00e9men et la d\u00e9mocratie nationale,<\/i> p.31, Moscow, Editions du Progr\u00e8s, Traduction arabe, 1980.<\/p>\n<p>(4) cf. Maurice Godelier: <i>L&#8217;id\u00e9el et le Mat\u00e9riel,<\/i> Paris, Fayard, pp. 296-317.<\/p>\n<p>(5) Informations recueillis chez Rouleau, dans la presse y\u00e9m\u00e9nite apr\u00e8s Janvier 1986, et par l&#8217;auteur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>(6) Conversation de l&#8217;auteur avec S\u00e2lim S\u00e2lih Mohammad, Secretaire G\u00e9n\u00e9ral Adjoint du Parti Socialiste Y\u00e9m\u00e9nite, membre du Conseil Pr\u00e9sidentiel de la R\u00e9publique du Y\u00e9men, Y\u00e2fi`, le 24 Mars 1988.<\/p>\n<p>(7) cit\u00e9 dans Halliday :<i> Revolution and Foreign Policy-The case of South Yemen, 1967-1987,<\/i> p. 15, London, 1990.<\/p>\n<p>(8) cf. Rouleau,<i> op. cit.<\/i><\/p>\n<p>(9) RPDY : <i>al-Ta`d\u00e2d al-th\u00e2n\u00ee li-l-Sukk\u00e2n wa-l-Mas\u00e2kin wa-l-Muncha&#8217;\u00e2t, 1988,<\/i> p. 27, `Adan, Dar al-Hamd\u00e2n\u00ee, 1988.<\/p>\n<p>(10) cf. Abd-l-`Az\u00eez `Abd-l-Wal\u00ee:<i> Min A`m\u00e2l al-Raf\u00eeq `Abd-l-`Aziz Abd-l-Wal\u00ee, <\/i>Adan, Dar al-Hamd\u00e2n\u00ee, 1984, p.232<\/p>\n<p>(11) En plus de vingt ans, ces L&#8217;\u00e9levage est en recul net. En 1984-85, le nombre de chameaux est de 80 OOO, en 1962 il \u00e9tait 2OO 000. Pour les ovins: 2 500 000 (1962) contre 2 000 000 (1984-5) les bovins: 200 000 (1962) 73 000 (1984-5). La part de l&#8217;agriculture dans le produit national est en l\u00e9ger recul (de 10,8% \u00e0 10%) et celle de l&#8217;industrie pi\u00e9tinne. cf. Naumkin: <i>op. cit.<\/i>, p. 19, et RPDY : <i>al-Nat\u00e2&#8217;ij al-Awal\u00eeyah lil-Marhalah al-Th\u00e2n\u00eeyah min al-Ta`d\u00e2d al Zir\u00e2`\u00ee&#8230;. 1984-1985,<\/i> p. 11, Organe Centrale de Statistiques, Aden,1986.<\/p>\n<p>La part de l&#8217;agriculture dans le produit national est en l\u00e9ger recul par rapport \u00e0 l&#8217;avant ind\u00e9pendance, de 10,8% \u00e0 10%; celle de l&#8217;industrie stationnaire.<\/p>\n<p>(12) sur cette crise, voir: Alain Gresh:&#8221;Apr\u00e8s l&#8217;embrasement: lendemains incertains au Y\u00e9men du Sud&#8221;, <i>Le Monde Diplomatique<\/i>, F\u00e9vrier 1986; Jean Gueras: &#8220;Le Y\u00e9men du Sud sous les ruines: autopsie d&#8217;un coup d&#8217;\u00e9tat&#8221;, Le Monde, 27 Mars 1986.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie s\u00e9lective<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; CHELHOD, Joseph (ed.):<i> L&#8217;Arabie du Sud, histoire et civilisation .<\/i> en trois tomes, Maisonneuve et Larose, Paris,1984.<\/p>\n<p>&#8211; COULAND, Jacques : &#8220;L&#8217;exp\u00e9rience du mouvement ouvrier y\u00e9m\u00e9nite (Sud)&#8221;, <i>Cahiers d&#8217;Histoire. <\/i>n\u00b0 34, Paris, 1980.<\/p>\n<p>&#8211; Parti Socialiste Y\u00e9m\u00e9mite : <i>al-Wath\u00eeqah al-Naqd\u00eeyah al-Tahl\u00eel\u00eeyah li-Tajribat al-Thawrah fi al-Yaman al-Dimoqr\u00e2t\u00eeyah, 1978-1986.<\/i> D\u00e2r al-Hamd\u00e2ni, `Adan,1987.<\/p>\n<p>&#8211; PSY : <i> al-Konferans al-Hizb\u00ee al-`Am li-l-Hizb al-Ichtir\u00e2k\u00ee al-Yaman\u00ee .<\/i> D\u00e2r al-Hamd\u00e2n\u00ee, D\u00e2r Ibn Khald\u00fbn, Adan, Bayr\u00fbt,1972.<\/p>\n<p>&#8211; PSY : &#8220;Machr\u00fb` al-Ittij\u00e2h\u00e2t al-As\u00e2s\u00eeyah li-l-Isl\u00e2h al-S\u00eeyas\u00ee wa-l-Iqtis\u00e2d\u00ee al-Ch\u00e2mil&#8221;, <i>14 Okt\u00fbbar,<\/i> Aden, le 30\/7\/1989.<\/p>\n<p>&#8211; HALLIDAY, Fred :<i> Revolution and Foreign Policy &#8211; the case of south Yemen, 1967 &#8211; 1987.<\/i> Cambridge University Press, Cambridge,1990.<\/p>\n<p>&#8211; LACKNER, Helen :<i> PDR Yemen, Outpost of Socialist Development in Arabia . <\/i> Ithaca, Londres,1985.<\/p>\n<p>&#8211; NAUMKIN, Vitali :<i> Le FNL dans la lutte pour l&#8217;ind\u00e9pendance du Sud-Y\u00e9men et la d\u00e9mocratie nationale . <\/i>Traduction arabe, Editions du Progr\u00e8s, Moscow,1980.<\/p>\n<p>&#8211; RPDY : <i>al-Ta`d\u00e2d al-Th\u00e2n\u00ee lil-Sukk\u00e2n wa-al-Mas\u00e2kin wa-l-Muncha&#8217;\u00e2t <\/i>1988. Adan, Dar al-Hamd\u00e2ni, 1988.<\/p>\n<p>&#8211; RPDY :<i> al-Nat\u00e2\u2019ij al-Awal\u00eeyah lil-Marhalah al-Th\u00e2n\u00eeyah min al-Ta`d\u00e2d al Zir\u00e2`\u00ee&#8230;. 1984-1985 . <\/i>Aden, Organe Centrale de Statistiques, 1986.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les transformations des structures tribales depuis l&#8217;ind\u00e9pendance du Y\u00e9men du Sud Fawwaz Traboulsi (GREMAMO) Journ\u00e9es d&#8217;\u00e9tudes ARABIE DU SUD-LE COMMERCE COMME FACTEUR DYNAMISANT DES CHANGEMENTS ECONOMIQUES ET SOCIAUX 5 et 6 octobre 1990 Introduction Sous l&#8217;impact des \u00e9v\u00e8nements sanglants et destructeurs de Janvier 1986, qui menac\u00e8rent le pays d&#8217;une guerre civile et caus\u00e8rent des pertes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":"","_wp_rev_ctl_limit":""},"categories":[],"content_type":[554],"themes":[326],"country":[362],"language":[67],"archive_type":[170],"archive_author":[324],"media_type":[],"keywords":[1815,2584,1857,2302,2478,2512,2486],"ft_dossier":[],"ft_categories":[],"published_in":[3068],"class_list":["post-144","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","content_type-lectures-conferences-fr","themes-anthropology-fr","country-yemen-fr","language-francais","archive_type-by-ft-fr","archive_author-fawwaz-traboulsi-fr","keywords-academic-paper-fr","keywords-political-economy-kw-fr","keywords-arab-left-fr","keywords-national-liberation-fr","keywords-socialism-fr","keywords-tribal-society-fr","keywords-south-yemen-fr","published_in-conference-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/144","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=144"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/144\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=144"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=144"},{"taxonomy":"content_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/content_type?post=144"},{"taxonomy":"themes","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/themes?post=144"},{"taxonomy":"country","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/country?post=144"},{"taxonomy":"language","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/language?post=144"},{"taxonomy":"archive_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/archive_type?post=144"},{"taxonomy":"archive_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/archive_author?post=144"},{"taxonomy":"media_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media_type?post=144"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=144"},{"taxonomy":"ft_dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ft_dossier?post=144"},{"taxonomy":"ft_categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ft_categories?post=144"},{"taxonomy":"published_in","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/published_in?post=144"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}