{"id":159,"date":"2021-10-14T22:46:57","date_gmt":"2021-10-14T19:46:57","guid":{"rendered":"http:\/\/fawwaztraboulsi.com\/?p=159"},"modified":"2025-03-03T09:34:25","modified_gmt":"2025-03-03T07:34:25","slug":"mao-encens-et-lune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/mao-encens-et-lune\/","title":{"rendered":"Mao, encens et lune"},"content":{"rendered":"<p><b>Mao, encens et lune<\/b><\/p>\n<p>Fawwaz Traboulsi<\/p>\n<p>Les deux textes pr\u00e9sent\u00e9s ici sont tir\u00e9s de son essai autobiographique <i>Sourat al-fatat bil-lawn al-ahmar<\/i> (L\u2019image du jeune homme en rouge), dans lequel il relate son experience de militant communiste au Liban, au Royaume-Uni, au Y\u00e9men et dans le Dhofar. Dans la p\u00e9ninsule Arabique, Fawwaz Traboulsi a \u00e9t\u00e9 un acteur politique et un chroniqueur des changements politiques. Il a ainsi fortement contribu\u00e9 \u00e0 la redaction de l\u2019ouvrage <i>Arabia without Sultans<\/i> sign\u00e9 par Fred Halliday et publi\u00e9 en 1974. C\u2019est avec ce dernier qu\u2019il s\u2019est rendu dans le Dhofar, voyage p\u00e9rilleux r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir du Y\u00e9men du Sud et dont il rend compte dans ce texte. Intellectuel engag\u00e9 mais aussi acteur majeur de la vie politique libanaise avec la fondation de l\u2019Organisation de l\u2019Action Communiste au Liban qui joua un r\u00f4le important durant la guerre civile libanaise et dans la r\u00e9sistance contre l\u2019occupation isra\u00e9lienne. Le texte publi\u00e9 ici relate cette effervescence militante des ann\u00e9es 1970 au Liban, l\u2019enthousiasme parfois \u00e9chevel\u00e9 d\u2019une jeunesse souhaitant rompre avec les pesanteurs et injustices d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 libanaise r\u00e9gie par un syst\u00e8me confessionnel que la guerre aura finalement renforc\u00e9. Ces r\u00eaves de justice sociale et de la\u00efcit\u00e9 ne sont cependant pas \u00e9teints et Fawwaz Traboulsi livre par ce t\u00e9moignage la vision d\u2019un dirigeant qui n\u2019aura pas failli dans ses convictions alors que tant d\u2019autres changeaient de bord ou abandonnaient la politique.<\/p>\n<p><strong>Franck Mermier<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons visit\u00e9 le Dhofar \u00e0 l\u2019invitation du Front Populaire de Lib\u00e9ration du Golfe arabe occup\u00e9 ; le but de cette visite \u00e9tait de faire conna\u00eetre au monde la r\u00e9volte[1], et d\u2019\u00e9crire sur le Y\u00e9men et le Dhofar un livre pour lequel mon coll\u00e8gue Fred Halliday et moi avions sign\u00e9 un contrat avec la maison d\u2019\u00e9dition Pinguin. Abdallah al-Achtal, un compagnon d\u2019\u00e9tude et de lutte de l\u2019\u00e9poque de l\u2019universit\u00e9 am\u00e9ricaine de Beyrouth, se joignit \u00e0 nous ; \u00e0 sa sortie d\u2019universit\u00e9, il \u00e9tait devenu l\u2019un des leaders du Front National dans la r\u00e9gion du Hadramaout, foyer de l\u2019aile gauche du Front. Quand les fedayin commenc\u00e8rent \u00e0 pratiquer les \u00ab confiscations \u00bb pour financer le combat arm\u00e9 (les appareils \u00e9gyptiens leur avaient coup\u00e9 les aides financi\u00e8res), le commandement de la branche du Hadramaout d\u00e9cida d\u2019utiliser l\u2019argent vol\u00e9 \u00e0 une banque britannique pour acheter des livres de formation au marxisme-l\u00e9ninisme. Elle envoya donc Abdallah \u00e0 Beyrouth dans ce but ; il revint charg\u00e9 de tonnes de livres que nous avions choisis ensemble dans les maisons d\u2019\u00e9ditions beyrouthines. Quand les<i> <\/i>chebab du Front National prirent le pouvoir au Hadramaout, Abdallah, avec Al\u00ee Salem al-Beid et d\u2019autres, appartenait \u00e0 l\u2019avant-garde des gauchistes les plus radicaux qui suivirent la mouvance communiste jusqu\u2019\u00e0 nationaliser les \u00ab moyens de production \u00bb dans le district. En fait de moyens de production, tout ce qu\u2019ils d\u00e9nich\u00e8rent se r\u00e9sumait \u00e0 un cin\u00e9ma et un g\u00e9n\u00e9rateur \u00e9lectrique : ils \u00e9mirent donc un d\u00e9cret au nom du \u00ab Conseil Sup\u00e9rieur du Peuple \u00bb pour les nationaliser !<\/p>\n<p>Abdallah v\u00e9cut banni du Y\u00e9men \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Qahtan al-Shaabi, se d\u00e9pla\u00e7ant entre Beyrouth et les bases des fedayin en Jordanie. La d\u00e9cision qui l\u2019interdisait d\u2019entrer au pays resta en application apr\u00e8s l\u2019av\u00e8nement du \u00ab Mouvement de rectification \u00bb conduit par la gauche du Front National en juin 1969. Quand il se joignit \u00e0 nous pour le voyage du Dhofar, il esp\u00e9rait que cette visite serait le pr\u00e9texte qui lui permettrait de rester \u00e0 Aden.<\/p>\n<p>Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Aden \u00e0 bord d\u2019un avion Bapco du Y\u00e9men du Sud, qui m\u2019a fait penser \u00e0 ces paroles de T.S. Elliot : \u00ab Je vais te montrer la peur dans une poign\u00e9e de cendres \u00bb. Mais T.S. Elliot a une excuse, car il n\u2019a jamais voyag\u00e9 \u00e0 bord d\u2019un Bapco pour savoir ce qu\u2019est la vraie peur. C\u2019est avec raison qu\u2019on dit de cet avion qu\u2019il est comme le bus du village : il s\u2019arr\u00eate dans les airs, et le co-pilote crie aux passagers : \u00ab Descendez les gars, qu\u2019on le pousse un coup \u00bb. <\/p>\n<p>Depuis Aden, nous sommes all\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 Gheida, la capitale du district de Mahra, dans un avion appartenant \u00e0 la m\u00eame compagnie Bapco. Et quand on pense au Bapco qui traverse les oc\u00e9ans, que dire de son fr\u00e8re sp\u00e9cialis\u00e9 dans les vols int\u00e9rieurs ! De Gheida, nous avons continu\u00e9 par voie terrestre jusqu\u2019au village c\u00f4tier de Dalkut ; l\u00e0, l\u2019\u00e9quipe de t\u00e9l\u00e9vision y\u00e9m\u00e9nite nous a abandonn\u00e9s, tant elle en avait entendu sur les dangers du voyage. De la d\u00e9l\u00e9gation y\u00e9m\u00e9nite, seul W\u00e2thiq al-Shazal\u00ee, du journal <i>14 octobre<\/i>, est rest\u00e9 avec nous. Les cameramen nous ont laiss\u00e9 une cam\u00e9ra de t\u00e9l\u00e9vision, apr\u00e8s nous avoir entra\u00een\u00e9s en quelques minutes \u00e0 l\u2019utiliser. Je me suis retrouv\u00e9 avec la responsabilit\u00e9 non seulement de porter la cam\u00e9ra, mais aussi de filmer ; une mission dont je me chargeais pour la premi\u00e8re fois de ma vie. J\u2019ai br\u00fbl\u00e9 un certain nombre de pellicules avant de r\u00e9ussir \u00e0 enregistrer quelques pr\u00e9cieuses minutes de la cassette vid\u00e9o que nous avons emport\u00e9e \u00e0 Londres ; nous avons convaincu la BBC de la projeter, et ce fut le premier t\u00e9moignage oculaire de cette r\u00e9volte \u00e0 \u00eatre diffus\u00e9 dans le monde.<\/p>\n<p>Nous avons embarqu\u00e9 dans un <i>sambuck<\/i>[2] vers un bateau de guerre appel\u00e9 \u00ab La voix du peuple \u00bb (du nom du journal porte-parole du Front) : il s\u2019agissait en fait d\u2019un bateau de p\u00eache du Golfe sur lequel se trouvait une mitrailleuse de l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9volution zapatiste au Mexique (la r\u00e9volution de 1911, pas la r\u00e9volution actuelle qui donne des cauchemars au \u00ab miracle \u00e9conomique \u00bb que l\u2019on veut nous faire prendre pour mod\u00e8le). En passant du <i>sambuck<\/i> au bateau, les lunettes de W\u00e2thiq sont tomb\u00e9es \u00e0 la mer, et il fut impossible de les retrouver, malgr\u00e9 les tentatives de plongeon r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de nos accompagnateurs. W\u00e2thiq a d\u00fb finir le voyage sans plus pouvoir faire confiance \u00e0 ses yeux[3]. Et ce n\u2019est pas tout : quand le bateau s\u2019est mis \u00e0 tanguer en pleine mer, la mitrailleuse s\u2019est renvers\u00e9e pr\u00e8s de la t\u00eate de Fred Halliday et a manqu\u00e9 de lui briser le cr\u00e2ne. Cela nous a g\u00e2ch\u00e9 la sieste paisible que nous \u00e9tions en train de faire apr\u00e8s avoir mang\u00e9 un d\u00e9licieux repas de thon bouilli avec des dattes. Il est dommage que cette mitrailleuse antique n\u2019ait pas prot\u00e9g\u00e9 le bateau quand des avions de combat anglais Hooker Hunter l\u2019ont attaqu\u00e9 et coul\u00e9, quelques semaines apr\u00e8s notre d\u00e9part.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, \u2018Af\u00eef al-Akhdar nous avait pr\u00e9venu contre les dangers du voyage, car il avait visit\u00e9 la r\u00e9gion avant nous : \u00ab Faites attention aux serpents, avait-il dit, l\u2019ennemi principal au Dhofar ce n\u2019est pas les Anglais, mais les serpents \u00bb. Nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s attentifs aux mises en gardes de \u2018Af\u00eef. Mais \u00e0 peine avions-nous entam\u00e9 l\u2019ascension de la c\u00f4te pr\u00e8s de Rass Darabt Al\u00ee, \u00e0 la fronti\u00e8re entre le Y\u00e9men et le Dhofar, que nous avons commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre obs\u00e9d\u00e9s par les serpents, et \u00e0 marcher en fixant nos chaussures ; c\u2019est Fred Halliday qui avait le plus peur et qui fixait le plus ses chaussures. Notre accompagnateur n\u2019a \u00e9conomis\u00e9 aucun effort pour nous rassurer et \u00e9loigner nos craintes de \u00ab l\u2019ennemi principal \u00bb, jusqu\u2019\u00e0 s\u2019\u00e9crier, \u00e0 bout de patience : \u00ab Camarades, les serpents ce sont des tigres de papier ! \u00bb<\/p>\n<p>Sous l\u2019auspice de cette paraphrase in\u00e9dite du slogan du camarade Mao Ts\u00e9 Toung, notre voyage se poursuivit. Et les histoires de serpents sont longues comme les histoires de serpents, donc continuons. <\/p>\n<p>C\u2019est un paradis pastoral primitif qui nous attendait dans les montagnes de la r\u00e9gion ouest lib\u00e9r\u00e9e du Dhofar. Des montagnes qui d\u00e9clinent au-dessus de la mer d\u2019Arabie, travers\u00e9es par des chameaux tr\u00e9buchant dans leur marche, o\u00f9 broutent des vaches d\u00e9charn\u00e9es dont le berger se transforme en p\u00eacheur pour les nourrir de sardine, quand la nature retient la pluie et que l\u2019herbe se rar\u00e9fie. Entre une montagne et une plaine, nous avons v\u00e9cu parmi des familles de bergers diss\u00e9min\u00e9es dans de pauvres p\u00e2turages, aux puits et sources avares en eau. Nous avons partag\u00e9 l\u2019eau avec les b\u00eates, et les femmes nous ont apport\u00e9 du lait de chamelle \u00e2cre, et du tamarin rafra\u00eechissant. A la tomb\u00e9e de la nuit, nous posions bagage au campement le plus proche et nous nous endormions dans des nids faits de branchages, dans les grottes pr\u00e8s du b\u00e9tail, ou encore dans la nature, sous les \u00e9toiles.<\/p>\n<p>Nous avons travers\u00e9 \u00ab les montagnes de la lune \u00bb de nuit ; les arbres \u00e0 encens ressemblaient \u00e0 des fant\u00f4mes qui baissaient leurs bras sous une radieuse lumi\u00e8re lunaire. Nous avons visit\u00e9 des camps d\u2019entra\u00eenement, des \u00e9coles de lutte contre l\u2019illettrisme, nous avons \u00e9cout\u00e9 des jeunes filles et des femmes qui parlaient la langue de Mahra, chantante et incompr\u00e9hensible, tout en pronon\u00e7ant les premi\u00e8res lettres de l\u2019arabe. Nous avons vu plus de femmes que d\u2019hommes, car ceux-ci se trouvaient soit sur les fronts de combat, soit \u00e9taient partis dans le Golfe pour essayer de gagner assez d\u2019agent pour payer les dots de leurs femmes.<\/p>\n<p>Nous avons rencontr\u00e9 des jeunes gens et des jeunes femmes de riches familles du Golfe, du Qatar et de Bahre\u00efn, qui venaient se battre dans ce coin perdu de la P\u00e9ninsule arabique dans l\u2019espoir que sa lib\u00e9ration permette la lib\u00e9ration de leur propre pays. Nous avons aussi rencontr\u00e9 des esclaves du sultan qui s\u2019\u00e9taient \u00e9chapp\u00e9s de Salalah sur des pneus en caoutchouc, et avaient pass\u00e9 douze heures sur la mer pour rejoindre les r\u00e9volutionnaires de la montagne et de la libert\u00e9. La plupart des citoyens que nous avons rencontr\u00e9s pensaient que nous \u00e9tions une mission m\u00e9dicale, et voulaient que nous leur donnions des m\u00e9dicaments et des soins pour leurs maladies, et celles de leurs enfants. Les maladies les plus r\u00e9pandues \u00e9taient les cas de tuberculose, que l\u2019on soignait localement par caut\u00e9risation. Il n\u2019y avait pas un seul m\u00e9decin dans une r\u00e9gion dont le nombre d\u2019habitants s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 des dizaines de milliers de personnes. \u00c0 notre retour, nous avons \u00e9lev\u00e9 la voix \u00e0 la recherche de m\u00e9decins volontaires pour effectuer la premi\u00e8re des missions humanitaires au Dhofar. May Masarra et K\u00e2mel Mohanna ont r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel, et ont rempli leur r\u00f4le avec courage et patience.<\/p>\n<p>Au pays de l\u2019encens dont parlent les anciens psaumes, la r\u00e9volution signifiait des choses simples et pr\u00e9cises pour ces opprim\u00e9s, au bord d\u2019un lac de p\u00e9trole : la lib\u00e9ration des esclaves, l\u2019eau propre, les m\u00e9dicaments, la suppression de la dot, l\u2019abolition de l\u2019illettrisme\u2026 Il s\u2019agissait de r\u00e9alisations concr\u00e8tes en elles-m\u00eames, qui se passaient de th\u00e9orisation.<\/p>\n<p>Le front de combat \u00e9tait loin, mais on nous a quand m\u00eame fait porter des fusils \u00ab Semionov \u00bb, au cas o\u00f9. Le moment o\u00f9 nous avons le plus senti les combats fut lorsque nous nous sommes retrouv\u00e9s dans une alerte pr\u00e8s du village c\u00f4tier de Rakhiout qui venait d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9, et que des avions de reconnaissance britanniques nous ont survol\u00e9s.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 Beyrouth, j\u2019ai publi\u00e9 dans <i>La libert\u00e9<\/i> une longue enqu\u00eate sur ma visite au Dhofar. \u00c0 la sortie des premiers \u00e9pisodes, je me suis rendu compte avec \u00e9tonnement que le commandement du Front populaire de lib\u00e9ration d\u2019Oman et du Golfe arabe avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019interdire aux num\u00e9ros de <i>La libert\u00e9 <\/i>dans lesquels l\u2019enqu\u00eate \u00e9tait publi\u00e9e d\u2019entrer dans la r\u00e9gion lib\u00e9r\u00e9e du Dhofar. Une d\u00e9l\u00e9gation du Front est venue me voir pour discuter de l\u2019affaire, en soulevant deux points : premi\u00e8rement, ils n\u2019\u00e9taient pas d\u2019accord avec la critique que j\u2019avais adress\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00ab extr\u00e9misme gauchiste \u00bb du Front, et son illusion de pouvoir organiser un projet de lib\u00e9ration de tout le Golfe arabe \u00e0 partir d\u2019un soul\u00e8vement r\u00e9gionaliste, s\u00e9par\u00e9 du reste d\u2019Oman et du Golfe par un d\u00e9sert long de milliers de miles. La deuxi\u00e8me objection portait sur le fait que j\u2019avais soulev\u00e9 le probl\u00e8me du tribalisme : parler de cela, pr\u00e9tendait la d\u00e9l\u00e9gation, divisait le peuple en r\u00e9volte, et d\u00e9tournait l\u2019attention de la lutte des classes.<\/p>\n<p>En guise de commentaire \u00e0 cette d\u00e9cision d\u2019interdiction, j\u2019ai f\u00e9licit\u00e9 les camarades d\u2019\u00eatre d\u00e9sormais pareils aux syst\u00e8mes autoritaires les plus rebelles \u00e0 la critique, et leur ai fait remarquer qu\u2019ils avaient commenc\u00e9 \u00e0 pratiquer la censure sur la presse \u2013 sur une revue, en outre, cens\u00e9e parler en leur nom \u2013 alors qu\u2019ils \u00e9taient encore dans l\u2019opposition ; voil\u00e0 qui augurait favorablement de l\u2019avenir, quand ils arriveraient au pouvoir. Quant \u00e0 l\u2019histoire des tribus et des classes, je leur dis que j\u2019avais not\u00e9 ce que j\u2019avais vu et entendu. J\u2019ai observ\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 pastorale \u00e0 l\u2019agriculture primitive, ordonn\u00e9e en une structure tribale \u00e0 faible diff\u00e9renciation sociale, et divis\u00e9e en tribus vuln\u00e9rables et tribus combattantes aristocratiques, o\u00f9 les seconds contr\u00f4lent les premiers en leur imposant les t\u00e2ches serviles. L\u2019autre hi\u00e9rarchie consiste en une structure sociale qui rejette le travail manuel, divisant les gens entre ceux qui ont des m\u00e9tiers nobles comme le combat, le travail de berger ou la chasse, et ceux qui ont des m\u00e9tiers m\u00e9prisables, comme les p\u00eacheurs et les esclaves d\u2019origine africaine. La plus grande partie de l\u2019agriculture repose sur la culture libre, \u00e0 l\u2019exception de la cueillette de l\u2019encens (appel\u00e9 <i>lub\u00e2n<\/i>) dans la r\u00e9gion du centre, qui se fait sous l\u2019auspice de relations de partage et de d\u2019entraide entre les propri\u00e9taires des arbres de <i>lub\u00e2n<\/i> et les agriculteurs. Quant aux classes, on peut leur appliquer ce que dit l\u2019un des personnages de <i>La nuit et la lampe \u00e0 huile<\/i> des fr\u00e8res Rahb\u00e2ni : \u00abPauvre de moi, d\u2019o\u00f9 \u00e7a me viendrait ?\u00bb<\/p>\n<p>Des ann\u00e9es apr\u00e8s la d\u00e9faite de la r\u00e9volte militaire du Dhofar, et le repli des combattants \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res du Y\u00e9men d\u00e9mocratique, quelqu&#8217;un qui travaillait au bureau du Front \u00e0 Aden est venu me voir avec toute une litt\u00e9rature dans laquelle le Front revenait sur son exp\u00e9rience ; et ces brochures discutaient presque toutes d\u2019un seul sujet : les m\u00e9faits\u2026 du tribalisme.<\/p>\n<p>Fawwaz Traboulsi, <i>Portrait du jeune homme en rouge. Jours de paix et de guerre<\/i>, Beyrouth, Riad El-Rayyes Books, 1997, p. 75-81. <\/p>\n<ul>\n<li>Il s\u2019agit de la r\u00e9volte du Dhofar qui, de 1964 \u00e0 1976, opposa des forces s\u00e9paratistes soutenues par le Y\u00e9mendu Sud, et le gouvernement d\u2019Oman soutenu par le Royaume-Uni.<\/li>\n<li>Le <i>sambuck<\/i> appartient \u00e0 la cat\u00e9gorie des boutres, qui sont des voiliers originaires de l\u2019oc\u00e9an Indien.<\/li>\n<li>Jeu de mots intraduisible sur la signification du pr\u00e9nom W\u00e2thiq qui veut dire \u00ab confiant \u00bb ou \u00ab de confiance \u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mao, encens et lune Fawwaz Traboulsi Les deux textes pr\u00e9sent\u00e9s ici sont tir\u00e9s de son essai autobiographique Sourat al-fatat bil-lawn al-ahmar (L\u2019image du jeune homme en rouge), dans lequel il relate son experience de militant communiste au Liban, au Royaume-Uni, au Y\u00e9men et dans le Dhofar. Dans la p\u00e9ninsule Arabique, Fawwaz Traboulsi a \u00e9t\u00e9 un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":"","_wp_rev_ctl_limit":""},"categories":[],"content_type":[1741],"themes":[334],"country":[411,362],"language":[67],"archive_type":[170],"archive_author":[324,511],"media_type":[],"keywords":[1912,1970,2004,1857,2190,2574,2238,2434,2590],"ft_dossier":[],"ft_categories":[],"published_in":[],"class_list":["post-159","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","content_type-memoirs-fr","themes-politics-fr","country-oman-fr","country-yemen-fr","language-francais","archive_type-by-ft-fr","archive_author-fawwaz-traboulsi-fr","archive_author-franck-mermier-fr","keywords-autobiography-and-memoir-fr","keywords-communism-fr","keywords-dhofar-fr","keywords-arab-left-fr","keywords-lebanese-left-fr","keywords-lebanon-kw-fr","keywords-marxism-fr","keywords-revolution-fr","keywords-yemen-kw-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/159","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=159"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/159\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=159"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=159"},{"taxonomy":"content_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/content_type?post=159"},{"taxonomy":"themes","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/themes?post=159"},{"taxonomy":"country","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/country?post=159"},{"taxonomy":"language","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/language?post=159"},{"taxonomy":"archive_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/archive_type?post=159"},{"taxonomy":"archive_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/archive_author?post=159"},{"taxonomy":"media_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/media_type?post=159"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=159"},{"taxonomy":"ft_dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/ft_dossier?post=159"},{"taxonomy":"ft_categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/ft_categories?post=159"},{"taxonomy":"published_in","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fawwaztraboulsi.com\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/published_in?post=159"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}